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1954 - Par le sang versé.

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Tonkin, 1er décembre 1953, avec Gartier, le «coup de rouge» est le bienvenu
Tonkin, 1er décembre 1953, avec Gartier, le «coup de rouge» est le bienvenu


 

 

 



Tourane le 1 mars 1954. devant le mess, avec le lieutenant Horle, au volant de la « plein ciel ». C’est l’heure de la sieste, cela se sent !
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ourane le 1 mars 1954. devant le mess, avec le lieutenant Horle, au volant de la « plein ciel ». C’est l’heure de la sieste, cela se sent !









Tourane le 1 mars 1954. Avec le Capitaine Laurent, en train de «faire le jacques»
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ourane le 1 mars 1954. Avec le Capitaine Laurent, en train de «faire le jacques»




 







Tourane le 1 mars 54. avec Horle, devant la porte du mess.
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ourane le 1 mars 54. avec Horle, devant la porte du mess.





 









 Les «Alligators» sont largués et nagent vers la plage de Qui-Nohn – Avril 54
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es «Alligators» sont largués et nagent vers la plage de Qui-Nohn – Avril 54






 






Débarquement à Qui-Nohn en avril 1954
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ébarquement à Qui-Nohn en avril 1954






 









Qui-Nohn – 4 juillet 1954. Retour de pêche au Cap des Hirondelles. Horle tient le mérou que nous avons pêché. (12Kgs). Moi, un petit rouget de chine. Entre nous deux, le Commandant Noël.   
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ui-Nohn – 4 juillet 1954. Retour de pêche au Cap des Hirondelles. Horle tient le mérou que nous avons pêché. (12Kgs). Moi, un petit rouget de chine. Entre nous deux, le Commandant Noël.














 Qui-Nohn – 3 août 1954. Première photo de paix. Sur la plage, avant l’embarquement, avec le Commandant Laurent, Finis les tourments, on a le sourire facile désormais.
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ui-Nohn – 3 août 1954. Première photo de paix. Sur la plage, avant l’embarquement, avec le Commandant Laurent. Finis les tourments, on a le sourire facile désormais.





 







Qui-Nohn – 3 août 1954. Embarquement des « petits crabes » à bord du LCT « Golo ».
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ui-Nohn – 3 août 1954. Embarquement des « petits crabes » à bord du LCT « Golo ».





 










Tourane 4 aout 1954. L’alligator de dépannage avec de gauche a droite: Brigadier Chef Tach man, Légionnaire Beutner, Maréchal des logis José Millan-Garcia
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ourane 4 aout 1954. L’alligator de dépannage avec de gauche a droite: Brigadier Chef Tach man, Légionnaire Beutner, Maréchal des logis José Millan-Garcia


 








 Tourane – 4 août 1954. L’ «Alligator» de Mauro, avec Remy et Gambarelli

Tourane – 4 août 1954. L’ «Alligator» de Mauro, avec Remy et Gambarelli


 

 

 

Fin janvier, notre mission au Tonkin prend fin; nous quittons Nam-Dinh et des LCT nous amènent à Haiphong où, après quelques jours de repos, nos LST (toujours le mêmes : la Vire, l'Orne, le Cheliff, le Golo, l'Odet et la Rance dont les "pachas" et les équipages sont devenus de vieilles connaissances.) nous transportent à Tourane où nous regagnons pour quelques jours notre base arrière.

Ce n'est pas pour autant le farniente. Après remise en état du matériel qui en a bien besoin, commence, pour le peloton LVT, un tout nouvel exercice consistant à embarquer le soir sur un LST qui, portes refermées, quitte la plage et navigue jusqu' au milieu de la baie,  la nuit venue, le LST ouvre ses portes d'étrave, abaisse sa, rampe et, l'un derrière l'autre, les alligators se mettent à l'eau et nagent en direction de la plage distante de quelques kilomètres. L' alligator de tête, le mien,  est guidé par radio depuis le LST qui nous suit au radar, les autres alligators suivent à la queue leu leu, se guidant grâce au sillage laissé par celui qui les précède. La mer étant calme et plate tout s'est fort bien passé. Après tout, nous n'avons pas innové,  Il y a 10 ans, les Marines US à Tarama, Ivo-jima ou Saipan ont fait la même chose, mais dans des conditions autrement plus périlleuse et dans une mer un peu plus agitée que la baie de Tourane.

Et tout cela nous amène au 13 mars 1954. les LST nous ont transportés à environ 400 Kms au sud de Tourane, au large de Qui-Nhon qui, avant la guerre, fut un port de pêche assez prospère. Je me souviens parfaitement de la date car c'est la même que celle du déclenchement de l'attaque du camp retranché de Dien Bien Phu par les troupes Viets. Nous sommes donc au large de Qui-Nhon, à environ 3 à 4 Km de la plage. Ce qui reste de la ville,c'est à dire pas grand chose, est peut-être tenu par les Viets ainsi que les premiers contreforts boisés de la cordillère annamitique qui au sud de Qui-Nhon bordent quasiment la plage et où se trouvent les bâtiments en ruine d'une ancienne léproserie, aussi faut-il prendre quelques précautions pour débarquer. Les LVT vont les premiers gagner la, plage en nageant et débarquer leurs éléments portés qui assureront une première zone de sécurité. Dans un deuxième temps, les LST viendront "beatcher" pour débarquer les crabes.

Non, décidemment, les Viets refusent toujours l'affrontement. Pas un coup de feu, pas l'ombre d'un Viet à l'horizon, seulement une multitude de "bobby-traps" (pièges) sur la plage : trous dans le fond desquels sont mis des croisillons de bois garnis de pointes métalliques d'une vingtaine de cm très pointues et se terminant en hameçons, le tout recouvert d'une mince planchette camouflée par un peu de sable. Simple, peu coûteux mais terriblement efficace car malheur à celui qui marche dessus, son pied, traversé par les pointes, doit parfois être amputé.

Dans ce qui fut Qui-Nhon, et dont il ne reste que quelques maisons en dur bien délabrées et quelques paillotes malodorantes, pas un Viet, pas un vieux, pas une femme, pas un "nho", pas un chat, pas un chien, pas un poulet ou un canard, pas un cochon noir... rien, rien, rien... seulement quelques grenades dégoupillées prêtes à exploser à la figure de celui, trop curieux, qui ne prendrait pas de précautions pour déplacer le moindre objet. Aussi prenons nous notre temps pour nous installer et nous y parvenons sans trop de casse.

 

Les jours qui suivent se passent à élargir notre zone d'influence sans rencontrer de sérieuses résistances, quelques coups de mortiers partant de la montagne et mal ajustés le plus souvent ou quelques coups de fusil ou mitrailleuse tirés de trop loin pour nous faire grand mal et qui valent aux trublions quelques coups de canon qui semblent efficaces à en juger par les traces que nous trouvons sur le terrain. Au fil des jours il nous faut aller de plus en plus loin pour avoir un semblant de contact et, à ce sujet, je raconterai deux anecdotes que je certifie véridiques.

La première concerne l'une de ces opérations que nous avons menées dans la région de Qui-Nhonv dans le courant d'avril ou mai. Mon escadron avait été mis à la disposition d'un bataillon de tirailleurs chargé de rechercher, au nord et à quelques Kms de la ville un éventuel contact avec un élément Viet signalé dans le secteur. L'opération se déroule sans le moindre accrochage, pas le moindre Viet en vue. Au retour, je me trouvais avec le Capitaine Laurent commandant mon escadron, lorsque le Chef de Bataillon commandant l'opération lui dit : "Capitaine, pour votre unité vous pourrez m'adresser les propositions de citations : 1 à l'ordre de la division , tant à l'ordre de la brigade et tant à l'ordre du régiment ( je n'ai plus en mémoire les chiffres cités par le chef de Bataillon). Devant l'air surpris du Capitaine Laurent qui commençait à lui dire : "Mais, mon commandant, nous n'avons pas vu un seul Viet..", le chef de bataillon a pris congé en lui disant : "Faites comme bon vous semble." Inutile de dire que le Capitaine Laurent n'a donné aucune suite à cette proposition. Pareil propos nous avait laissés pantois.

La seconde anecdote a trait, plus généralement aux opérations auxquelles j'ai participé et pour lesquelles il m'était demandé de prendre à bord d'un de mes crabes ou alligators par la suite, un officier (supérieur ou pas), envoyé par un état-major et qui ne faisait qu'assister, en spectateur en somme, à l'opération que le bilan de l'opération ait été significatif ou insignifiant, il était bien rare que, pour le spectateur cela ne se traduise pas par une citation...amplement méritée. A la Légion nous appelions cela les "opérations bananes", mais ce ne sont pas les légionnaires qui secouaient les bananiers et en recueillaient souvent les fruits!... D'ailleurs ne disaient-ils pas avec leur humour parfois grinçant : " A la Légion, les quelques clous que tu risques de ramener en fin de séjour ce seront ceux de ton cercueil..."

 

Mais revenons à Qui-Nhon où nous suivons anxieusement par la radio les péripéties de la dure bataille que nos camarades livrent à Dien Bien Phu, encerclés par les régiments Viets, pilonnés par une artillerie bien approvisionnée en munition par la Chine et que le Haut Commandement Français ne s'attendait pas à ce qu'elle soit aussi nombreuse et aussi puissante à cet endroit là.

Courant avril, il est demandé à toutes les unités du Groupement d'établir une liste des personnels qui seraient volontaires pour être parachutés sur Dien Bien Phu Tout le monde est, bien sûr, volontaire, mais personne ne sera parachuté faute de moyens suffisants d'une part, d'autre part de la puissance de feu de la DCA adverse qui ne laisserait aucune chance aux paras largués et aux avions, et enfin il est vite apparu qu'un renfort éventuel ne servirait plus à rien compte tenu de la situation. En effet, inexorablement, les Viets s'emparent, petit à petit mais au prix de très lourdes pertes, des points d'appui qui protègent la cuvette; depuis longtemps plus aucun avion ne peut atterrir ou décoller de la cuvette et seuls les avions de chasse venus de Hanoi et Haiphong peuvent essayer, quand la météo le permet, de soulager les troupes au sol en mitraillant et bombardant l'assaillant.

Le calvaire de Dien Bien Phu va durer jusqu'au 7 mai, date à laquelle, submergée par les vagues Viets, malgré leur héroïsme, les soldats de Bigeard, Botella et autre chefs, commandés par le Général de Castries, doivent se rendre, ayant épuisé toutes leurs munitions. Ils partent, à pied pour la plupart, vers les camps de prisonniers du Haut-Tonkin. Selon le Quid qui  en la matière fait autorité car ayant puisé ses renseignements à la bonne source; le 13 mars, au début de 1'offensive Viet, la garnison de Dien Bien Phu comptait 10.870 hommes et 4.277 hommes furent, lors de la bataille, parachutés en renfort dans le courant de mars alors que c'était encore possible.

Au 5 mai, 2.520 morts et disparus sont dénombrés, ainsi répartis :

498  Français de Métropole,

513 Africains,

808 Légionnaires,

698 Indochinois.

Les deux derniers jours, alors que les combats sont livrés au corps à corps, on dénombre entre 700 et 800 morts de plus dans nos rangs. Ce sont 9.500 hommes environ, dont 4.500 blessés, qui prennent le chemin de la captivité ; pour plus de la moitié, ils n'en reviendront pas, ils y mourront. Selon les mêmes sources, le Vietminh aurait engagé 50.000 hommes dans la bataille et aurait

eu environ 10.000 tués.

 

7 mai 1954,  un bien triste anniversaire de ce qui fut, 9 ans auparavant une si grande victoire de nos armes.

Le fer de lance du Corps Expéditionnaire vient donc de disparaître dans la fournaise de Dien Bien Phu et le gouvernement français qui, depuis la disparition du Général de Lattre n'a toujours que très modérément soutenu notre action, a engagé à Genève des pourparlers dans le but de mettre fin à ce qui devient une tragédie. Pourtant, nous continuons notre mission de présence et poursuivons la traque d'unités Viets qui, sans doute dopées par les événements, deviennent un peu plus agressives . C'est ainsi qu'un certain jour, alors que, rentrant en fin d'après-midi d'une opération qui nous a entraînés assez loin de Qui-Nhon, je suis sur le LVT de tête, assis sur la plage avant d'où. je guide le pilote pour le chois de l'itinéraire et le franchissement des diguettes car, sur les LVT, le pilote voit assez mal les obstacles en deçà de 10 mètres.

Nous ne sommes plus qu'à 2 ou 3 Kms de Qui-Nhon et allons longer une cocoteraie assez touffue quand soudain, à moins de 100 mètres, une mitrailleuse se manifeste, arrosant la plage avant de mon LVT; les balles ricochent autour de moi, m'évitant par miracle, et je saute dans la cuve d'où mes mitrailleurs ouvrent le feu mettant rapidement hors de combat la mitrailleuse Viet et ses deux servants, le reste de l'unité Viet parvenant à s'enfuir. Nous comptons quand même un tué et trois blessés dans nos rangs.

Mai, juin et début juillet se passent ainsi, quelques accrochages par-ci par-là mais jamais rien de bien sérieux. Et nous arrivons au 23 juillet.

Alors que s'achève ma deuxième année de Légion nous parvient l'annonce des accords de Genève et du cessez le feu qui en découle. Qu'est-ce que je ressens ? Comme la plupart de mes camarades, peut-être du soulagement mais surtout, au delà de tout sentiment égoïste, beaucoup d'amertume. Pour nous, c'est une défaite. Le Général de Lattre, en 1951, lors d'une conférence de presse tenue aux Etats-Unis avait déclaré : "Les soldats de France qui tombent loin de chez eus en Indochine, ne combattent pas pour la protection d'intérêts égoïstes, mais pour la défense d'une cause qui demeurera toujours la raison d'être de la France, La cause de la Liberté.. »

C'est cette cause qui est aujourd'hui perdante.

 

Le Vietnam, car maintenant c'est ainsi qu'on l'appelle, est désormais coupé en deux. Au nord, le Nord Vietnam englobe tout le Tonkin et une partie de l'Annam jusqu'au I7ème parallèle qui passe entre Dong-Hoi  et Dong-Ha, région que je connais bien, devient une république dite "populaire" et tombe sous le joug du régime communiste du Vietminh de Ho Chi Minh.

Dans les jours qui suivent le cessez le feu, les Tonkinois sont tellement heureux de devenir communistes que plus d'un million d'entre eux, toujours selon le Quid, s'enfuient vers le sud à bord des embarcations les plus diverses. C'est, en somme, le début des "boats people". Au sud, le Sud Vietnam reste un pays démocratique, pour encore quelques années.

A Qui-Nhon comme ailleurs, les armes, se sont tues. Dans les jours qui suivent le cessez le feu nous ne voyons pas le moindre signe de présence Viet dans les parages,  sans doute sont-ils en marche pour rejoindre le Nord Vietnam devenu désormais leur patrie? Nous en doutons quand même un peu. En attendant que les LST viennent nous réembarquer pour rejoindre Tourane, nous profitons de la Mer de Chine pour nous baigner sans craintes et pour pêche un peu (en n'utilisant pas toujours des moyens très recommandables comme l'utilisation de grenades) ce qui nous permet de manger autre chose que les sempiternelles rations G, K ou U. Cela me permet de goûter aux poissons de roches, excellents et aussi au barracuda, proprement infect quel que soit le mode de préparation.

Dans la première quinzaine d'août nous regagnons Tourane et disons adieu aux équipages des vaillants LST qui nous ont si souvent transporté. Nous remettons une dernière fois nos matériels en état et on commence à entendre parler de rapatriements anticipés maintenant que les hostilités ont cessé.

Nous voyons aussi arriver, avant qu'ils ne soient rapatriés, les premiers camarades qui avaient, certains depuis des mois sinon des années, été faits prisonniers par les Viets et viennent d'être libérés des camps où ils croupissaient. Malades, décharnés, hâves, le regard incertain ou encore perdu dans leurs horribles souvenirs, ils se racontent peu. Ils ont beaucoup de difficultés à reprendre une vie normale après cette descente aux enfers où les pires vexations, les pires tortures physiques et morales ont été leur lot commun. Lavage permanent des cerveaux, privation de nourriture et de soins surtout pour ce qui concernait les cadres , officiers et sous-officiers, et qui entraînaient inéluctablement la mort.

Si pareils comportements pouvaient être, sinon excusables, du moins compréhensibles de la part de Viets aveuglés par la haine, ils relevaient, ou auraient dû relever de Crime de Guerre lorsqu'ils étaient le fait de tortionnaires prétendument français.

Qu'en pense un certain B....... qui ne mérite certainement pas qu'on l'appelle monsieur.  Combien a t'il de morts sur la conscience ? mais a t’il seulement une conscience, il est permis d'en douter.

A la fin de la guerre 39-45, le traître Ferdonnet qui, lui, n'avait fait que parler à la radio allemande mais n'a jamais été accusé d'avoir torturé qui que ce soit, a fini sa vie devant un peloton d'exécution. Le traître et tortionnaire français, lui, est toujours libre d'aller et venir. Ah! l'heureuse loi d'amnistie qui l'a blanchi. il est vrai que, pour une certaine "intelligentsia" il y a de bons tortionnaires, tout comme il y a eu de bons camps de concentrations, les goulags staliniens.

Septembre. J'accompagne à l'aérodrome successivement mes camarades Holle puis Galtier qui, arrivés avant moi en indo reprennent le chemin de la France. Bientôt ce sera mon tour. Mon successeur à la tête du peloton LVT est arrivé, c'est le lieutenant Hervieux à qui je passe mes consignes.

 

Je fais le bilan de mon séjour qui prend fin. 27 mois ont passé depuis que j'ai quitté mon épouse et je suis en Indo depuis plus de 2 ans. Tous ces mois je les ai passés dans le sein de cette troupe d'élite qu'est la Légion Etrangere où J'ai de suite été admis, obéi, où je me suis toujours senti à l'aise et où, j'ose l'espérer, j'ai été estimé de mes supérieurs et semblables et peut-être aimé de mes subordonnés. En tous les cas, moi, je leur voue une immense gratitude; ils m'ont, sans le savoir, puissamment aidé à trouver que, malgré sa longueur, mon séjour passait relativement vite et je mesure la chance immense qu a été la mienne quand je compare la vie que j'ai menée pendant ces deux ans, à celle de beaucoup de mes camarades, de l'Infanterie surtout, qui, durant de long mois ont vécu en poste, parfois assez éloigné de tout appui efficace en cas d'attaque, secondés par de trop rares Européens et qui, obligatoirement, devaient compter sur l'absolue loyauté de leurs nombreux supplétifs vietnamiens.

Oui, je suis très fier d'avoir appartenu au 1er Régiment Etranger De Cavalerie. Légionnaire un jour, légionnaire toujours dit-on? je le suis profondément dans mon cœur, le contact de ces hommes m'a profondément marqué, ils savent donner tout son sens au mot "sacrifice" tout comme à ceux de leur devise : Honneur et Fidélité, Leur patrie c'est la Légion et leur drapeau celui de la France. Combien sont morts pour l'honneur de ce Drapeau depuis Camerone, Thu Yen Quang, la Guerre  de I9I4-I8, Narwick, Bir-Hakeim et à présent Dien Bien Phu ?  Combien, pour moi, est juste cette admirable strophe d'un auteur dont ma vieille tête a oublié le nom, qui écrit, en parlant du Soldat Inconnu : "Peut-être 1'inconnu qui dort sous l'Arche immense, est-il cet Etranger, devenu Fils de France , non par le Sang reçu, mais par le Sang versé."

Si je ne suis pas resté à la Légion comme, à mon retour à Paris on me l'a proposé, c'est parce que, à l'époque, il n'y avait qu'une seule possibilité d'affectation pour moi dans cette Arme : le 2ème Régiment Etranger de  Cavalerie à Oujda au Maroc où, si je l'avais acceptée, je n'aurais pas pu faire venir ma femme, rien n'étant encore prévu pour le logement des familles à ce qui m'a été dit. C'était quand même trop me demander.

 

Et voici octobre. Mon dernier repas à la popote du G.A. Dans quelques heures je prendrai, à mon tour, le chemin de 1 ' aérodrome, accompagné par tous mes camarade et amis pour embarquer sur le bimoteurs S.O. Bretagne qui, à, l'époque, assure la liaison Tourane-Saigon.

Je suis ému, très ému,  comme si je quittais ma famille, d'ailleurs c'est aussi ma famille.  Après un dernier "Attention pour la poussière!" lancé rituellement par le popotier, je bois le petit coup de rouge traditionnel et, debout, nous entonnons les premières mesures du "Boudin", la marche sacrée de la Légion,

suivi du chant du 1er  Etranger de Cavalerie. Après le repas c'est le départ. A l'aérodrome je me vois remettre le rituel bidon de 2 litres, le quart, toujours "culotté" qui va  avec, ainsi que la musette de toile comme il est de coutume à la Légion. Puis, en catimini, le Légionnaire Behrent, mon pilote de LVT, s'avance et me remet un fanion de peloton, triangulaire aux couleurs rouge et vert de la Légion, brodé à mon nom, que mes légionnaires avaient fait confectionner à mon insu par les petites religieuses de Nan-Dinh. Comment ne pas être ému par une telle marque d'amitié.  Ce fanion je l'ai toujours c'est un de mes plus beaux souvenirs de carrière, en tous cas celui qui me tient le plus à cœur.

Le Bretagne est là, je suis le seul officier à le prendre ce jour là. Dernier salut au Capitaine Laurent, dernières embrassades et  je suis parti.

En fin d'après-midi, après environ 3 heures de vol nous atterrissons à Tan Son Nhut d'où une jeep m'emmène au Camp des Mares à Saigon. Là, le bureau chargé des rapatriements me demande par quel moyen je préfère être rapatrié, soit la mer avec le Pasteur avec départ dés le lendemain, soit par voie aérienne, mais avec départ dans trois jours et obligation de voyager en civil, afin, sans doute, d'éviter tout incident lors des escales.

Je choisis de rentrer par avion car j'ai hâte de retrouver, enfin, ma chère épouse. Les vêtements civils, j'en ai fait 1 ' acquisition à Haiphong en début d ' année donc aucun problème de ce côté là. Le lendemain je suis avisé de la date exacte de mon départ sur un quadrimoteur DC 6 de la compagnie Aigle-Azur, ainsi que de la date et heure d'arrivée prévue à Paris-Le Bourget. Cela me permet donc d'envoyer illico un télégramme afin que ma femme prenne toutes ses dispositions pour venir m'attendre. Je sais, par une de ses lettres, qu'elle a remplacé la 4 CV par une SImca Aronde "Grand Large", mais je ne sais si elle viendra à Paris par la route ou par le train.

Comme, dans l'avion je n'aurai droit qu'à 20 kg de bagages, mes cantines prendront le bateau.

Le 8 octobre après midi c'est le grand départ; le DC 6 a fait son plein de passagers et nous quittons Tan Son Nhut, adieu l' Indo. Nous survolons la Plaine des Joncs, aussi antipathique vue d'en haut que d'en bas, puis voici les toits dorés des pagodes de Rangoon et, en fin d'après-midi, nous nous posons à Calcutta pour ravitailler en essence mais personne n'est autorisé à descendre. Après 2 heures d'escale nous repartons pour Karachi où nous atterrissons en pleine nuit. Nouveau ravitaillement mais nous pouvons aller à l'aéroport nous restaurer, disposant chacun de 10 dollars américains et de 5 livres anglaises qui nous ont été remis à Saigon contre des piastres avant notre départ. Nouvel envol pour Beyrouth où, lorsque nous nous y posons, le jour se lève. Nous prenons notre petit déjeuner au restaurant de 1 ' aéroport, face à la Méditerranée. Il fait très beau, je me sens déjà revivre. Enfin, nous entamons la dernière étape qui va nous amener au Bourget où nous arrivons alors que la nuit est déjà tombée. La porte de l'avion s'ouvre, nous descendons l'échelle de coupée, foulons à nouveau la terre de France et nous dirigeons vers l'aéroport où nos familles nous attendent. Mon coeur bat la chamade.  Elle est là ma Dédée, encore plus belle, encore plus éblouissante. Je la serre à nouveau dans mes bras, nous pleurons de joie, de bonheur. Finie l'attente anxieuse du courrier. Finie la peur de recevoir un jour une mauvaise nouvelle, Nous nous retrouvons, nous allons, à nouveau, VIVRE. Fermée la parenthèse, cette très longue, trop longue parenthèse de plus de 27 mois, cette dure épreuve à laquelle notre amour a survécu.

Dédée est venue de Bordeaux en voiture, au volant de la Simca flambant neuve, accompagnée par celui que je considère comme mon beau-père, Noël. Demain, je dois me présenter à la Direction des Personnels Militaires de l'Armée de Terre ( DPMAT ), au 234 Boulevard St Germain, à Paris mais, pour l'instant, nous allons passer, à l'hôtel à Saint Cloud, notre première nuit de nouveaux mariés.

 Demain sera, un autre jour.

  

Raymond Lescastreyres


 

 

















Les Grandes Pages de la légion képi blanc 1947-1954
de Collectif, Général Bernard Grail
   














L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954) : Adaptation ou inadaptation
de Maurice Vaïsse
























































































































































































 

LE TOMBEAU SOUS L'ARC

L'INCONNU 

" L'Inconnu! " Sous ce nom que me donne la tombe
Où la gloire a scellé mon éternel sommeil,
Verbe lavé de pluie et doré de soleil
Qu'invoque chaque jour Paris quand la nuit tombe, 

Passant, reconnais-moi! De l'immense hécatombe
Je suis le survivant unanime, pareil
A tous ceux que tu fus toi-même, jeune ou vieil,
Et dont le juste orgueil à ma mémoire incombe. 

Je suis le fils, le père et le frère et l'ami.
Le sol, le ciel, la foi, la mort, je les résume.
Tous tes rêves, c'est mon rêve qui les assume. 

Et dans les vastes soirs, quand sous l'Arc endormi,
Invisible guetteur, seul je veille et je prie,
C'est dans mon cœur que bat le cœur de la patrie. 

                                           PASCAL BONETTI

 (texte soumis par Simon Terrasson.)


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