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![]() La maison natale de Raymond Lescastreyres a Parentis en Born
En Septembre 1939, à
Mont de Marsan avec Pierre Schöettel.
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oût 39, Je
vais avoir seize ans. J’ai terminé mes études de sténo-dactylo
comptable que j’ai suivies à l’école Pigier à Mont de Marsan,
chef-lieu du département des Landes où vit ma mère. Muni de mes diplômes, en attendant de trouver un emploi à Mont de
Marsan, je suis en vacances à Parentis en Born où je suis né et où vit
mon père. Quand je dis « vacances », je les passe
essentiellement à me faire un peu d’argent de poche en travaillant à
Biscarosse, à la base aéronavale des
Hourtiquets, situé au bord du lac de Parentis-Biscarosse. Je fais chaque
jour le chemin aller et retour à vélo. (25 Km) Cette base, déjà connue pour avoir vu s’envoler pour son dernier
vol Mermoz avec son Hydravion « Croix du Sud », a vu aussi
L’hydravion géant « Lieutenant de Vaisseau Paris »
effectuer ses premiers essais en 1935. En ce moment on l’agrandit en
grignotant toujours un peu plus la dune à laquelle elle est adossée ;
des pelles excavatrices chargent de sable une noria de camions benne et
mon travail consiste à enlever, à la pelle, le sable qui tombe des
camions et à le remettre dans ces derniers afin que l’emplacement de
chargement soit toujours propre. (Comme on le voit mes capacités
professionnelles étaient utilisées au mieux !) Parfois, entre deux coups de pelle, je regarde amerrir ou s’envoler
quelques-uns des beaux hydravions des British Imperial Airways qui, à
l’époque, assurent régulièrement la liaison Londres-Melbourne, avec,
bien sur, plusieurs escales dont Biscarosse. Je me souviens encore de
certains noms qu’ils portaient, des noms de constellations (Cassiopeia,
Andromedia, Centaurus entre autres.) Cela me faisait rêver et me donnait,
déjà, l’envie de voyager. Sur la base, chaque jour plus nombreux, on voit des aviateurs de
l’armée de l’air. J’écoute les conversations des autres ouvriers,
tous bien plus âgés que moi, ils s’entretiennent de la situation
internationale et je les entends parler d’une éventuelle mobilisation. Le soir, rentré chez moi, je lis le journal « La Petite Gironde »
que mon père reçoit chaque jour. Certes, les nouvelles ne sont pas
bonnes. En 1938, donc un an plus tôt, la guerre avait été évitée de
justesse, mais le sentiment est de plus en plus général que, cette fois,
elle va devenir inévitable. Chez mon père il n’y a pas la radio mais
le journal nous en apprend suffisamment et après l’annexion par Hitler
des Sudètes puis de la Slovaquie, les bruits de bottes se font très précis,
trop précis à la frontière germano-polonaise. En France on est
confiant, la ligne Maginot est considérée comme imprenable, notre
alliance avec l’Angleterre est très solide et nos gouvernants comptent
beaucoup sur le contrepoids que pourrait exercer l’URSS pour freiner les
ambitions allemandes et même s’y opposer. Oui, nous sommes confiants, bien trop confiants. Fin Août 1939 c’est un
coup de tonnerre ! L’Allemagne et L’URSS viennent de signer un
pacte de non-agression et, désormais, plus rien ne fait obstacle aux visées
expansionnistes de L’Allemagne. Le 1er septembre, Varsovie
est bombardée et les Panzerdivisonen (Divisions blindées allemandes)
entrent en Pologne. Le 2 Septembre, la guerre est déclarée à
l’Allemagne par l’Angleterre et la France où la mobilisation générale
est décrétée. Tous les hommes valides de 20 a 48 ans sont mobilisés mais, les moyens de
transport existants ne peuvent permettre de les déplacer tous en même
temps aussi, à l’issue de leur service militaire (qui a l’époque
dure 2 ans) sont ils tous munis d’une brochure (un fascicule, c’est le
terme employé par l’autorité militaire) où sont mentionnés, en cas
de mobilisation générale (jourJ) le jour où ils doivent se mettre en
route et le régiment qu’ils doivent rejoindre. Ces dates varient du
jour J pour les plus jeunes qui viennent juste de terminer leur service
militaire, jusqu'à J+8 pour les plus âgés. Les départs s’étalent donc sur plusieurs jours et, à la gare,
train après train, je vois partir des parents, des amis, des voisins que
leurs mères, épouses, sœur ou enfants accompagnent. Certes, c’est
loin d’être la joie, loin de là, mais l’opinion générale est
qu’il faut donner enfin une bonne leçon à Hitler, que cette guerre qui
commence ne durera pas longtemps (une affaire de quelques mois pense
t’on généralement) et que les partants seront bien vite de retour. En
tous cas, 21 ans après la fin de ce que, en France, on appelle la Grande
Guerre, personne n’imagine que celle qui vient d’être déclarée
puisse durer, comme elle, plus de quatre ans. Les camions, autos et chevaux sont aussi réquisitionnés. Des équipes
spécialisées examinent l’état matériel des véhicules, l’état
sanitaire des chevaux, retiennent ce qui leur convient, restituent ce qui
ne leur convient pas. En quelques jours le village se trouve vidé de ses forces vives. A
part quelques affectés spéciaux échappant au sort commun pour assurer
la pérennité des services essentiels (transport, énergie, santé, sécurité
entre autres), il ne reste plus que les femmes qui prennent le relais des
hommes, les enfants qui doivent apprendre à mûrir plus vite, les
vieillards qui doivent se remettre, s’ils le peuvent encore, au travail,
et les estropiés ou malades, dont il faut bien s’occuper. Pour ce qui
concerne ma famille, mon père, qui a prés de 59 ans, n’est pas
mobilisable. Il continue son métier de résinier ( Il récolte la résine
des pins pour le compte d’un propriétaire, entre mars et octobre, un
travail de forçat particulièrement mal payé, si mal payé que, depuis
40 ans il a totalement disparu de France où personne n’a plus voulu le
pratiquer.) De novembre à février, il travaille à l’abattage des
pins, travail tout aussi éreintant mais mieux payé. Avec la guerre, la base aéronavale devient exclusivement militaire,
mon travail prend fin. Vers la mi septembre je reviens chez ma mère à
Mont de Marsan où je trouve de suite un emploi de secrétaire dactylo au
greffe du tribunal.
De septembre 1939 au 10 mai 1940 - la “drôle de guerre”.
e viens donc d' avoir seize ans.
Je vis avec ma mère qui travaille comme ouvrière à l'usine Tamboury,
usine de transformation du bois en planches, lambris, et parquets. Cette
usine est située à la sortie est de la ville, au bord de la route qui
mène à Villeneuve de Marsan. Elle est longée par une voie ferrée qui
passe en remblai à cet endroit-là et mène de Mont de Marsan à
Roquefort ( rien a voir avec le fromage du même nom, il s'agit de
Roquefort dans les Landes, alors que l'autre, celui du fromage, se situe
en Lozère, au nord-ouest de Montpellier.) Je mentionne à présent; cette
précision quant au passage en remblai de cette voie ferrée car on verra,
plus tard, son importance. Septembre 39 donc, les panzers allemands, soutenus par les Stukas (avions d’assaut) et autres bombardiers (Dornier ou Heinkel) écrasent la malheureuse Pologne. La rapidité de l'avance allemande stupéfie le monde entier et l'opinion française, comme je la ressens du haut de mes 16 ans, commence à se poser des questions et à se demander à quel genre de surhommes les Polonais se trouvent confrontés. A vrai dire, ce n'est encore pas l’inquiétude. On se dit simplement que la Pologne est une nation aux possibilités d'action bien moindres que la France et l'Angleterre réunies. De notre côté, presse et radio nous tiennent au courant
de la mise en place le long du Rhin et en avant de la ligne Maginot, entre
la frontière du Luxembourg et la Suisse, de nos troupes de couverture.
On nous assure même que, en certains endroits, entre la Moselle et le
Rhin dans la région de Forbach, des troupes françaises ont pénétré en
Allemagne de plusieurs kilomètres dans la forêt de la Wardnt. Tout va
donc bien pour l'instant, Français et Allemands s'observent, quelques
patrouilles de part. et d'autre, quelques escarmouches quand on ne peut
pas l'éviter, rien de bien sérieux encore. Ce que, en France, on va
appeler la “drôle de guerre” commence. Le 14ème Régiment. de Tirailleurs Sénégalais,
gros régiment d'environ 1.500 hommes, qui tenait garnison à Mont de
Marsan. a, dès le premier jour de la mobilisation, pris la direction de
l'Est de la France. Il ne reste plus à la caserne Bosquet qu'un petit détachement
chargé de récupérer et d' acheminer vers le front tous ceux qui n'ont
pu partir avec le gros de la troupe, car dans les hôpitaux ou en
permission à ce moment-là. C'est, aussi l'époque ou nous
voyons arriver les premiers Alsaciens réfugiés. En effet, dès la déclaration
de guerre, le gouvernement a décidé d'évacuer tous les habitants des
villes et villages d'Alsace et de Lorraine situées entre la ligne Maginot
et la frontière allemande. Chaque région de l'intérieur a reçu son lot
de réfugié et, à côté de
chez moi, une famille des environs de Mulhouse, les Schoettel, est hébergée dans une grande maison dont
une partie est inoccupée. Le père, Emile, qui doit avoir la
cinquantaine, était employé
des services administratifs, la mère, apparemment sans profession,
s’occupe des ses trois enfants, Marcelle, 14 ans, Jacques, 12 ans et
Pierre, 10 ans, qui très
rapidement vont devenir mes amis. Après trois semaines d’une campagne éclair (Blitzkrieg) la Pologne a été
vaincue et partagée entre l’Allemagne et l ‘URSS venue
tardivement participer à la curée. En France le parti communiste a été
interdit et son chef, Maurice Thorez, bien que mobilisable a préféré déserter
en se réfugiant a Moscou. Maintenant que l’URSS est, de fait, l’alliée
de l’Allemagne, force est de constater que la propagande communiste
n’en continue pas moins de prôner, parfois la désertion, souvent le
refus de combattre ou la désobéissance et pousse, hélas, aussi au
sabotage dans les usines d’armement. Au tribunal, mon travail m’amène
à prendre connaissance de dossiers concernant ces faits de défaitisme et
d’appel à la désobéissance. Dans ma jeune tête je souhait que ces
individus soient durement sanctionnés car je ne puis admettre que de prétendu
Français puissent souhaiter la défaite de leur pays. La radio nous
apprend qu’un traître Français, du nom de Ferdonnet, s’exprimant
sur les ondes de radio Stuttgart, promet le pire aux soldat Français et
les incite à déserter, sans grand effet, il va sans dire. L’automne est là. Quand je ne travaille pas, avec les Schoettel
nous profitons des derniers beaux jours pour nous baigner dans la Midouze
à la Sablière et à jouer à Tarzan dans les arbres. La vie continue
son cours à peu près normal. A l’ aérodrome de Mont de Marsan
une école de formation de pilotes de chasse a été créée, les futurs
pilotes s’entraînent sur de petits monoplans. De temps à autres, hélas,
nous entendons parler d’accidents parfois mortels. La radio (ma mère possède un petit poste) nous répète
à peu près chaque jour la même chose : « rien a signaler sur
l’ensemble du front hormis quelques duels d’artillerie, de légers
accrochages consécutifs à l’activité de patrouilles et quelques
incursions de l’aviation de reconnaissance ennemie prise à partie par
notre DCA (Défense Contre Avions). Charles Trenet participe au maintien
du moral des Français en continuant de chanter « Y’a d’la joie ! »,
« Boum ! », « Je chante », tandis que Tino
Rossi, autre idole du moment, nous susurre toujours « Marinella »
et « Tchi-Tchi ». Une chanson venue d’outre manche commence
à faire fureur en France, il s’agit de « Nous irons faire sécher
notre linge sur la ligne Siegfried » que les premiers soldats
Anglais venant s’installer an France, fredonnent. Octobre passé, voici novembre et la célébration du 11 novembre 1918. 21 ans après, à nouveau la guerre. Qui l’aurait cru ? Pierre Schoettel, le petit Alsacien, a, pour l’occasion, mis un calot kaki frappé d’une cocarde tricolore que sa mère lui a confectionné et marche d’un pas martial en chantant : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, car malgré vous, nous resterons Français. Vous pourrez bien germaniser la plaine, mais notre cœur vous ne l’aurez jamais.» Cette image, plus de soixante ans après, je la revois comme si elle datait d’hier. Et voici décembre, c’est toujours la « drôle de guerre »,
activités de patrouilles, coup de mains de « corps francs. »
Par la presse nous apprenons que chaque régiment qui se trouve au
contact direct de l’ennemi a mis sur pied un « corps franc »
constitué de volontaires, de gars qui « en veulent », chargé
de pénétrer, de nuit, dans les lignes ennemies, y tendre des embuscades,
y faire des prisonniers et les ramener, poser des mines, rapporter des
renseignements. La réciproque et vraie car les Allemands ont aussi leurs
« corps francs » et dans quelques familles arrivent les premières
annonces de « Mort au Champ d’Honneur » d’un de leur
proches. Un évènement cependant nous comble d’aise en cette fin
d’année : le sabordage dans le Rio de Plata, du cuirassé de poche
allemand « Graf von Spee » que les destroyers anglais Exeter
et Achilles ont contraint à se réfugier en Uruguay à Montevideo. L’hiver commence à se faire rude dans le Nord et à l’Est. La ligne Maginot initialement prévue pour interdire toute incursion allemande entre la Suisse et le Luxembourg, n’a pas été construite au-delà, vers la mer du nord. En effet on a, à l’époque, considéré, d’une part que le massif des Ardennes constituait un obstacle suffisant interdisant tout franchissement à un ennemi venant de l’Est, d’autre part, la Belgique étant neutre, on supposait que l’Allemagne, contrairement a ce qui s’était produit en 1914, respecterait enfin sa neutralité. Tout de même, au vu de ce qui vient de se passer en Pologne, bien tardivement, le Haut-Commandement français se met à douter du fair-play allemand et décide (il est bien tard) de prolonger la ligne déjà existante, aussi, vaille que vaille, on va donc construire à la hâte quelques blockhaus sur les routes qui mènent de France au Luxembourg et en Belgique. Malheureusement ils ne seront pratiquement d’aucune utilité quand le besoin s’en fera sentir. ----------------------======0000O0000======-------------------- Année 1940 Retour en haut de la page.
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