Souvenirs de Guerre de Raymond Lescastreyres

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Introduction
1939
1940
1941
1942
1943
1944
1945
Après la guerre…

 


Résumé.

Raymond fait le trafic de lettres, se fait dénoncer et doit fuir. Il passe en zone libre, s'engage dans l'Armée et devient Soldat.  Le 20 novembre il quitte la France pour Alger et rejoint un Régiment de Cavalerie Motorisée au Maroc














 

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Gitanes Vizir

Gitanes Vizir
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en route pour Alger
Sur L’Athos II en route pour Alger.












Le Tartu
Le contre torpilleur Tartu qui nous escorte.



ler Régiment de Spahis Marocains

Mon père faisait partie du 1er RSM en 1940 et il l'a quitté pour rejoindre la France Libre à la fin juin 1940. Vous trouverez ce que je sais de son histoire ici : http://freefrench.free.fr/spahi/index.html Cordialement 
Jacques Ghémard





à Meknès
Fin novembre à Meknès. François Lasserre est a ma gauche, en saroual. Nous sommes tous coiffés du chèche, comme les spahis indigènes.



Toujours à Meknès
Toujours à Meknès, devant un char FT (Faible Tournage) datant de 1917. Char Renault roulant à l’effroyable vitesse de 5 kmh !








 


Année 194
1.

  A

vec L'automne 1940, j'ai vu arriver au greffe du Tribunal un nouveau commis greffier qui, après avoir participé aux combats de juin 1940, a eu la chance de voir l'Armistice intervenir alors que son régiment se trouvait, dans la Zone Libre. Démobilisé, il a pu rentrer chez lui, en Zone Occupée (il est de la région de Dax.) Il se nomme Guy Dulau et a environ 25 ans et, très vite, nous avons sympathisé. Il s’était, avant la guerre, fiancé à une jeune Espagnole demeurant San Sebastian et pâtissait beaucoup d'être sans nouvelles d'elle.

Fin janvier, sachant que je dispose d'un Ausweiss me permettant d'aller en Zone Libre, Dulau me demande si., à l'occasion, je ne pourrais pas poster en Zone Libre une lettre destinée à sa fiancée et qui aurait donc quelques chances de parvenir en Espagne, les relations entre Zone Libre et l’Espagne n'étant  pas interrompues. Au début, je suis hésitant, mesurant bien le danger auquel je m'expose si les Allemands découvrent la lettre, bien que, comme je l'ai déjà dit, je sois à présent, bien connu au poste de garde et que 9 fois sur 10, lorsque je me présente pour passer, je ne sois même pas fouillé.

A la fin nous nous mettons tous deux d'accord sur une solution intermédiaire, jugée plus facile à réaliser : Dulau me donne oralement l'adresse en Espagne de sa fiancée et me remet, à elle destiné,  un petit bout de papier avec quelques mots. Je passe la ligne avec ce bout de papier très anodin dans mes poches et je me charge en Zone Libre, de faire une lettre à la dulcinée dans laquelle je lui explique ce qui se passe en lui joignant le mot écrit par Dulau. Je lui donne mon adresse en Zone Libre (en Poste Restante à Villeneuve de Marsan) pour qu'elle puisse répondre,  et j'adresse le tout à la “senorita” dont j'ai à présent oublié le nom mais retenu l'adresse : Funicular de Archanda à San Sebastian,  Guipuzcoa, , Espana   Tout se passe à la perfection. Cela n'a même paru très  facile.  C’est ainsi que je viens de devenir “passeur de courrier”.

Pour la petite histoire, bien après la guerre j'apprendrai que Dulau a finalement pu épouser sa “senorita” mais je n'ai jamais eu l'occasion  de rencontrer l'un ou l'autre, ainsi va la vie.

Ce premier succès m'a donc enhardi et, par le bouche à oreille, je commence à recevoir du courrier sous double enveloppe, la première à mon nom, la seconde au nom d'un destinataire en Zone Libre dont je n'ai bien souvent jamais entendu parler.

Juste avant le début de la guerre, en 1938, une usine de traitement des dérivés du bois (fabricant très exactement du charbon actif, utilisé dans l'industrie chimique et pharmaceutique) la C.E.C.A. s'est montée à Parentis en Born et les cadres chargés de son installation et de son fonctionnement, viennent tous de la région d' Amberieu, dans l' Ain (en Zone Libre désormais) où se trouve une usine similaire et où ils ont tous une bonne partie de leur famille. Par mes cousines germaines habitant Parentis, ces gens entendent dire que, par mon intermédiaire, ils peuvent, peut-être faire parvenir à leurs familles des nouvelles un peu plus  étoffées que par cartes inter zones, alors ils m'écrivent. Ma cousine Simone, coiffeuse à Parentis, m'adresse aussi des lettres destinées à son mari, Pierre Manciet qui, fait prisonnier de guerre en juin 40, a réussi à s'évader et se trouve actuellement à Pellegrue (20 km au sud de Sainte Foy la Grande) en Zone Libre où il travaille dans une propriété viticole chez un camarade d’évasion.

Au début, je ne passe que 2 ou 3 lettres à la fois, cachées soit sur moi (dans mon entre jambes, entre mon slip et le fond de mon pantalon) soit dans le guidon de mon vélo, soit dans la partie du cadre qui supporte la selle.) Je profite de ce que je suis bien connu du sous officier de service qui a tellement l'habitude de ne voir passer. Plus que de l'amateurisme c'est de la pure inconscience, je m'en rends bien compte aujourd'hui, mais à l'époque, j'ai 17 ans, je crois que la chance sera toujours de mon coté. Je ne me prends pas pour autant pour un héros, c'est ma façon, en somme, de résister (oh ! le bien grand mot) je fais cela  gratis pro deo et certainement pas pour la gloire.

Quand je reviens de Zone Libre, après être passé à la poste restante où je reçois mon courrier (toujours sous double enveloppe), mêmes cachettes, quelques Vizirs laissées au passage et le tour est joué. Cela durera quelques mois mais en septembre, je devrais y mettre un terme comme on le verra plus tard.

En mars 41, 1es unités SS sont relevées et, remplacées par des unités de la Werhmacht, les soldats semblent plus âgés, ce n'est pas le fer de lance de l'armée Allemande. S'ils ne donnent pas l'impression de faire partie de l'élite, ils ne sont tout de même pas de la territoriale. Il me faut à nouveau me faire admettre par les nouveaux gradés et soldats du check point. Certes la relève n'a pas été brutale et les anciens sont restés 3 ou 4 jours avec les nouveaux pour les mettre au courant et j'ai été, en somme, passé « en consigne » ce qui fait que je ne rencontre pas de difficulté majeure pour passer la ligne, tout, au moins au début. En effet, très rapidement, une petite baraque est édifiée au point de passage. C'est un poste de douane et c'est désormais un douanier allemand qui procédera à la fouille, tant des personnes que des véhicules qui se présentent pour passer en Zone Libre, les soldats assurant la garde du point de passage et, surtout, les patrouilles le long de la voie ferrée, ligne de  démarcation. Aussi, au début, je m'abstiens de passer avec des lettres afin de “prendre le vent,” de voir comment cela se passe avec les douaniers.

Avec les premiers jours au printemps je reçois enfin une courte lettre de Jackie. C'est, une carte Inter zones, avec un timbre allemand à l'effigie de Hitler, vu de profil. Grâce au code dont nous avions convenu avant leur départ, je comprends qu'ils n'apprécient pas du tout leur nouvelle vie. Le code consistait, simplement dans l'emploi de l'adverbe  très. Exemple : « Nous sommes bien logés » signifie  que, dans l'ensemble, le logement convient. « Nous sommes très bien logés » qu'il y a de sérieuses lacunes. « Nous sommes très, très bien logés » signifie que le logement, est infect. A  en juger par le nombre de très, très utilisés, j'en déduis que mes pauvres amis éprouvent de sérieuses difficultés à s'adapter à leur nouvelle vie.

La lettre, envoyée depuis 2 mois, est passée par la censure allemande qui l'a laissée passer, sans doute rassurée par le nombre de « très, très bien » ou « très, très bon »  qui a du rassurer les censeurs. Moi, j'ai bien compris que Jackie et Marcelle, obligés de faire partie de La Hitler Jugend ( Jeunesse Hitlerienne) pour Jackie, des Bund Deutscher  Madchen (Association des jeunes filles allemande) pour Marcelle, ne les satisfait absolument pas. Ils me donnent leur nouvelle adresse dans la Adolf Hitler Strasse d'un village de la banlieue de Mulhausen. Je leur réponds par une lettre aussi anodine que possible,  il ne semble pas qu'elle leur soit, parvenue.

A cette même époque, ma cousine Simone Manciet arrive un jour à la maison et  demande à ma mère si elle ne pourrait pas la faire passer en Zone Libre pour  qu'elle puisse aller voir son mari à Pellegrue. Ma mère, qui travaille toujours à l'usine Tamboury, connait bien tous les points de  passage sous le remblai de la voie ferrée qui longe l'usine à environ 400 mètres du poste de garde. Ces passages, busés, permettent de se déplacer assez facilement, car hauts d'environ  1 mètre et d'une quinzaine de mètres de long. Le meilleur moment pour passer se situe en fin de nuit, après le passage de la patrouille qu'il est facile de repérer depuis les tas de planches de l'usine qui permettent aisément de se cacher. La cousine Simone est donc la première personne que ma mère fera passer.  Une heure plus tard je me présente au point de passage de  la barrière et vais en Zone Libre récupérer la cousine que j'amène au poste de garde français qui la prend en charge et  assurera son acheminement vers Pellegrue. D'autres personnes envoyées par des amis ou des gens nous connaissant bien, viennent nous trouver pour passer, cela se passera toujours sans anicroche, Ouf !.

Et nous voici en plein printemps. Avril a vu la Wermacht déferler sur les Balkans, occuper la Yougoslavie, la Grèce, prendre pied en Méditerranée en s'emparant de l'île de Crète. Les Italiens, en très mauvaise posture en Libye, reçoivent le renfort de l'Afrika Korps de Rommel qui va rétablir une situation bien compromise. Autre événement surprenant, le dauphin du moment d'Hitler, Rudolf Hess, s'envole d'Allemagne et se rend en Angleterre.  Les Allemands diront qu'il est devenu subitement fou.  Enfin, mai voit la fin du cuirassé allemand Bismark qui, malheureusement, a fait exploser le cuirassé Hood de la Royal Navy quelques jours auparavant.

Bientôt, l'été, depuis longtemps nous ne mangeons plus à notre faim. Le pain est devenu infect, le maïs a petit à petit, remplacé le blé ou le seigle, les pommes de terre sont devenues extrêmement rares, les Allemands en ayant réquisitionné la majeure partie de la production pour l'expédier dans leur pays ce qui leur vaut, de la part des Français, un nouveau sobriquet venant, s'ajouter à ceux déjà connus (les “Boches”, “Fritz”, “Frises”, "Fridolins”, “Chleus”, “Verts de gris”) celui de “doryphores”' du nom de cet insecte ravageur des champs de pommes de terre.

J'ai repris, mais avec plus d'espacement, mon trafic postal, ayant remarqué que les fouilles douanières portaient neuf fois sur dix sur les véhicules franchissant la  ligne de démarcation et puis, comme la “source” des Gitanes Vizir est désormais tarie (on  n'en trouve plus en Zone Libre) mes déplacements se justifient de moins en moins et ne portent plus que sur quelques oeufs, rares poulets et haricots que je peux encore me procurer à Villeneuve. Quand je dis “haricots”, eux aussi se font de plus en plus rares et sont désormais remplacés par le soja (inconnu dans la région avant la guerre et qui nous vient, paraît il, de Bulgarie.)

Des affiches, placardées par l'autorité allemande, incitent les ouvriers français à partir, volontairement, travailler en Allemagne. La propagande insiste sur le fait que, pour un ouvrier volontaire, un prisonnier de guerre sera libéré.

Début juin, la nouvelle nous parvient que les troupes anglaises ainsi que les FFL (Forces Françaises Libres) du Général de Gaulle, à la suite de l'autorisation donnée par L'Etat Français de Vichy à l'Allemagne de faire utiliser par la Luftwaffe les aérodromes de Syrie et du Liban pour aider l'Irak qui vient de se rebeller contre la présence anglaise, viennent d'attaquer les troupes françaises du Levant (Syrie) qui, vers la mi juillet, cesseront le combat. Un certain nombre de soldats se rallieront aux FFL, les autres auront la possibilité de regagner la France.

Le 22 juin, coup de tonnerre, et d'importance.  Déclenchant le plan Barbarossa,  Hitler attaque l'Union soviétique et, d'emblée, l'avance de la Wehrmacht est fulgurante. C'est la répétition de la Blitzkrieg ( milliers de prisonniers, armée soviétique en déroute) Hitler va t'il réussir là où Napoléon et sa Grande Armée ont échoué ?

Au cinéma, les actualités s'ouvrent désormais aux accents de la 5eme Symphonie de Beethoven, un immense V couvrant toute la hauteur de l'écran, apparaissant en même temps que les notes fa-fa-fa-ré, mi-mi-mi-do diese. Ces notes sont, en alphabet morse, le V (…-)  comme victoire et que la BBC an­glaise a, depuis longtemps déjà, adopté comme indicatif de ses émissions. Musique tonitruante bien sur, puis, sur une carte de l'Europe, on voit une petite croix gammée (svastika) partir de Berlin et grandir, grandir jusqu'à couvrir toute L'Europe, y compris l'Union Soviétique avec, en surimpression, chars et avions allemands crachant le feu et lâchant des bombes, le tout, accompagné d'un commentaire redondant, “Avec la valeureuse armée allemande, l'Europe nouvelle est en marche.''

L'été passe comme cela. Les queues devant les magasins s'allongent de plus en en plus et les vitrines n'ont plus grand chose à exposer. La laine et le coton ont disparu, remplacées par la fibranne, de la fibre de bois. Plus de cuir pour ressemeler les chaussures, aussi les semelles sont-elles de bois à présent. Le “marché noir” est  devenu une institution mais seuls les nantis, les trafiquants, les “collabos” au service des Allemands peuvent, en profiter. Le petit peuple commence à souffrir, surtout dans les villes.

Mi-septembre, j'ai une grosse frayeur. Un samedi, je me présente à la barrière de la ligne de démarcation, j'ai deux lettres destinées à la Zone Libre, que j'ai dissimulées entre mon slip et le fond de mon pantalon. J'ai l'habitude d'avoir affaire avec toujours le mène douanier mais, ce jour là, je vois sortir de la baraque un douanier assez âgé (50 ans je présume), pas très net, l’œil torve et qui me semble avoir forcé sur la bouteille. Il s'avance vers moi d'un pas hésitant, me prend par le bras et me dit « Kom » en m'entraînant dans la baraque. Là, il me dit « alles weg » (déshabille toi.)  Comme il ne fait pas très chaud ce jour là, lentement j'enlève mon pull, ma chemise, mon tricot de peau. Le peu d'empressement que je mets me vaut plusieurs “Schnell mench!” (plus vite, gars!)  J’ôte mes chaussures, mes chaussettes, il ne me reste plus que mon pantalon et mon slip et je commence à me demander comment cela va se terminer. Mais le ciel est avec moi. Voilà qu'une camionnette arrive pour passer, mon douanier se précipite à la porte pour aller à sa rencontre et le faire se garer après m'avoir fait comprendre qu'il fallait que je me déshabille entièrement. Son absence durera moins d'une minute mais cela ne permettra de mettre mes deux lettres sous le tapis vert (je ne souviendrai toujours de sa couleur) qui recouvre une table et, lorsque le douanier revient, il me trouve nu comme un ver. Il palpe mes vêtements et, satisfait, me dit « Gut » (c'est bon!) et sort,  tandis que, tout, tremblant encore, je  me rhabille et reprends mes lettres. Inutile de dire que je n’ai plus recommencé car j'avais déjà entendu dire qu'il était de plus en plus question que les Allemands instaurent le Service du Travail Obligatoire (STO) qui verra, un peu plus tard, des milliers de jeunes français contraints d'aller travailler en Allemagne. Si j'avais été pincé sans doute aurais je été un des premiers à bénéficier de la mesure, car je viens d'avoir 18 ans.

Au greffe du Tribunal j'ai été amené à rencontrer un Lorrain, nommé Thomassin, qui est interprète auprès de  la Kommandantur, il travaille, certes, avec les Allemands mais son cœur est profondément français. La preuve, c'est que quelques jours après l'aventure que je viens de relater, il vient me trouver  et me dit que la Kommandantur a un oeil sur moi, suite à certaines dénonciations, anonymes bien sûr, concernant mes activités de passeur. Il me faut prendre une décision, elle sera vite prise : plutôt que d'attendre sagement que les Allemands viennent me cueillir, je prépare un petit baluchon de quelques vêtements mis dans une housse de polochon et, muni d'un viatique de 250 francs (environ 2.500 francs actuels), après avoir dit au revoir à ma mère, je passe en Zone Libre le 28 octobre 1941, décidé à m'engager dans l'armée française, dans un régiment le plus loin possible de la métropole.

 

Le soldat 

  A

rrivé à Agen, au 5ème Régiment d’Infanterie, je passe une visite médicale à l'hôpital Saint Jacques où on me déclare apte au service militaire,  mais comme j'ai les pieds plats, inapte à servir dans l'infanterie. J'ai, par contre, le choix entre la cavalerie et l'artillerie, aussi je choisis la cavalerie et souscris un engagement pour 3 ans au titre du 3ème Régiment de Spahis marocains stationné au Maroc, à Meknès.

Le hic, c'est que les commissions d'Armistice germano-italiennes qui contrôlent tous les ports de la Zone Libre, ne laissent partir qu'au compte goutte les engagés à destination de L'Afrique du Nord aussi, en attendant, je suis mis en subsistance au 3ème Régiment de Hussards (Estherazy Houzard) à Montauban, au Quartier Doumer, où J'arrive en même temps qu'un basque de la région de Biarritz, François Lasserre. Nous deviendrons très vite des amis, vivrons les mêmes aventures dans les mêmes régiments, mêmes escadrons jusqu'à ce que, en novembre 1944, il tombe au champ d'honneur, mais j'aurai l’occasion d'y revenir.

Pour le moment, nous sommes donc plusieurs subsistants en attente de départ pour l'Afrique au 3ème Hussard qui n'a pas beaucoup d'engagés qui lui appartiennent en propre, aussi essaie t'on de nous décourager en nous disant que les Allemands ne nous autoriseront jamais à partir en Afrique, en nous faisant miroiter que, si nous décidons de rester au 3ème Hussards nous mangerons mieux, nous aurons moins de corvées à effectuer, moins de gardes d'écurie à assurer etc.  Rares sont ceux qui changent d'avis. Certes, ce n'est pas le bagne, loin s'en faut, mais enfin, les chevaux les plus rétifs nous sont réservés, les tours de garde d'écurie ( rondes permanentes derrière les chevaux pour ramasser leur crottin ou changer leur litière, veiller à ce qu'ils ne se battent pas, essayer de dormir entre deux rondes dans le coffre à avoine) pleuvent sur nous, nourriture du plus strict “régime jockey” ration de soi-disant viande format petite boite d'allumettes de moins d'un centimètre d'épaisseur  1/4 de rutabagas ou navets, ou topinambours, parfois carottes vichy, pas de pates. Où est-il le temps où le soldat se plaignait de ne manger que des “patates” ou des “fayots”. Cela ferait pourtant notre régal.

Heureusement cette situation ne dure guère. En effet, à Montauban, dans le Quartier Andreossi, voisin du notre, se trouve le ler Régiment de Spahis Marocains qui vient de rentrer de Syrie, il n'est plus au complet, une partie de  ses unités ayant rallié les FFL du Général de GAULLE. Vers la mi novembre, il est autorisé par la commission d'armistice à regagner l'Afrique du Nord dont sont originaires la plupart de ses spahis. L'occasion se présente donc de nous envoyer en Afrique en nous faisant passer pour des anciens combattants de Syrie aux yeux de la commission d'Armistice. C'est donc avec les écussons du ler RSM que nous embarquons le 20 novembre à Marseille sur L'Athos II après avoir été passés en revue dans la gare maritime par la commission d'Armistice qui a bien voulu nous féliciter pour notre résistance à l'agression anglaise en Syrie. Je crois que si notre sort n'avait pas été en jeu, nous aurions éclaté de rire. Nous, jeunes blancs becs de 18 ans à peine, anciens combattants de Syrie.

Escortés par le contre torpilleur Tartu, nous débarquons sans encombre le lendemain à Alger où nous sommes hébergés à la caserne du 13ème de Tirailleurs Sénégalais, juste sur le front de mer, en attendant de prendre le train en direction du Maroc. Aux grilles de la caserne, une vingtaine de gamins algériens, que l'on appelle ici yaouleds, viennent nous proposer des dattes, des bananes, des oranges, des oeufs durs, tout cela est bien tentant. Il nous semble être arrivés au pays de cocagne. J'achète deux oeufs durs à l'un des gamins et tends un billet de 20 Frs à un autre pour qu'il me donne deux oranges, non seulement il ne me donne pas d'oranges mais il détale avec mon bil­let. Je ne le reverrai plus. Je viens d’apprendre à mes dépens que, outre Méditerranée il vaut mieux être prudent et se montrer méfiant. Je suis d'ailleurs roulé sur toute la ligne car les deux oeufs durs, que j'ai mangés, m'ont rendu malade comme un chien durant tout le voyage en chemin de fer. Ils n'étaient sûrement pas de la première fraîcheur.

Et me voici à Meknès où je quitte mes écussons du 1er RSM et ma qualité d'ancien combattant de Syrie pour ceux du 3eme RSM toujours avec mon ami Lasserre. Aussitôt, pas  le temps de respirer, nous sommes pris dans le moule. Nous commençons à faire ce que l’on appelle “nos classes”, et cela ne rigole pas. Marches, (à pied et à cheval) école du soldat,  tirs, revues, service en campagne, équitation, entretien des chevaux et du matériel, gardes, bref, nous n’avons pas le temps de souffler. Comme je ne suis pas très grand et que tous les déplacements se font en rangs, les grands devant, les petits derrière, quand nous  arrivons aux écuries pour monter à cheval, les grands, premiers arrivés, prennent les meilleurs chevaux qu'ils ont repérés dés les premiers jours. Les plus petits (dont moi), se contentent des carnes, les chevaux rétifs qui bottent, qui mordent, qui n'en font qu'a leur tête et vous font vider les étriers sans prévenir.  Aussi, très vite, Je sens que la cavalerie à cheval ne sera pas ma tasse de thé. Mais je ne vois pas comment je pourrais m'en sortir.

Nous sommes au tout début décembre  et au 3eme  RSM depuis seulement dix jours, quand nous sommes prévenus qu’on cherche des volontaires pour servir dans la cavalerie motorisée au 1er RCA (Régiment des Chasseurs d'Afrique) à Rabat. L'occasion est trop belle d'en finir avec les chevaux et, avec Lasserre, nous nous portons volontaires. Les choses ne traînent pas et le lendemain, par le train, direction  Rabat.

 Le 1er RCA est un régiment composé d'européens et dont les escadrons sont stationnés en partie à Rabat au camp Garnier et en  partie à Casablanca au camp de la Jonquière. Lasserre et moi sommes affectés au 5eme escadron posté à Casablanca où nous arrivons avec une quinzaine d'autres engagés.

 Ici, plus de  chevaux et c'est déjà un avantage. Sous les ordres du brigadier (caporal) Mercier, nous reprenons nos classes à zéro et  apprenons à conduire les motos. Pour les voitures et camions on verra plus tard car tous les véhicules sont réglés pour utiliser l'alcool comme carburant, l'essence étant conservée précieusement pour être utilisée en cas d'événement grave.

 Quelques jours après notre arrivée, nous apprenons l'attaque japonaise sur Pearl Harbour  et l'entrée en guerre des Etats Unis. De plus, comme les Allemands sont stoppés devant Moscou, je suis de ceux qui pensent que rien n'est encore définitivement joué quant à l'issue de la guerre.

La vie, au Maroc, est totalement différente de celle que je menais avant de m'engager. Rien ne manque ou presque, pas de cartes de rationnement, nous mangeons à notre faim, pas de couvre-feu, il y a bien une commission d'Armistice allemande à Anfa (le quartier chic de Casablanca mais elle est très discrète. Dès que nous sommes suffisamment dégrossis sur le plan de l'instruction militaire, nous sommes autorisés à sortir en permission de minuit pour aller à Casablanca où nous devenons vite des habitués de la Place de France, la plus grande place de la ville, des cinémas (où l'on projette encore des films US) et d'un bar où nous pouvons nous procurer aussi bien à boire qu'à manger, L’Automatic. Par contre, pour aller en ville et en revenir, c'est à pied qu'il nous faut faire le trajet (8 km aller-retour.) Il nous est néanmoins recommandé de ne pas nous aventurer dans la ville arabe (la Médina) réputée peu sure de nuit. 1941 se termine, et devinez ou je passe la nuit du Nouvel An 1942 ? De garde aux garages!

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Année 1942                                                Retour en haut de la page.

 





















La France de Vichy
La France de Vichy, 1940-1944
de Robert O. Paxton

















Le Journal d'Anne Franck
Les notes d'une adolescente d'Amsterdam. un grand classique.













































Jean Moulin. La République des catacombes
de Daniel Cordier








































































































Stalingrad 1942-1943 : Le chaudron infernal
Stalingrad 1942-1943 : Le chaudron infernal
de Stephen Walsh




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