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Le Chas d’Af, Chéchia rouge à 3 bandes noires dans le bas. La veste dans le pantalon, ceinture rouge, ceinturon et les fameuses bandes molletières ! ![]() Au 1er RCA. Etape sur la route de Mediouna. Je suis le personnage debout à gauche et revêtu de la gandoura blanche. (Djellaba légère en voile, alors que la djellaba est en drap.) ![]() A Mediouna, en djellaba, bandes molletières et armé du « mousqueton », petite carabine à un coup qui équipait, à l’époque, la cavalerie, tant à cheval que motorisée.
Eté 42. Mon peloton lors d’un déplacements en vélo à Mediouna. Je suis quelques part dans le fond, Au premier rang, au centre, mon ami Lamotte, qui sera tué le 21 avril 1944 dans son char à Vaihingen, faubourg de Stuttgart.
Au 1er RCA, avec, au premier rang, Lasserre, moi et derrière, Ver Haegen, Ferret, Sampieri et (bandeau sur l’œil) Samson, qui sera tué lors du débarquement du 8 Novembre 1942.
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vant
le 8 novembre 1942, il ne se passe pas grand chose dans ma vie de soldat,
aussi je me contenterai d'un survol rapide de cette période qui me voit,
après mes “classes”, intégrer le bureau de mon escadron en tant que
secrétaire chargé de la tenue des pièces matricules (livrets militaires
des personnels) et d'établir la solde (la rémunération) des hommes de
troupe. A présent, il me faut attendre d'avoir au moins un an de services
pour pouvoir prétendre être admis à suivre les cours d'un peloton d'élèves
brigadiers (élèves‑caporaux)
c'était ainsi à l'époque. A la fin de mes classes, j'ai réussi
à obtenir le permis moto et, en cas de mobilisation, je serai utilisé
comme estafette‑moto et me vois attribuer une petite moto Terrot de
125 cm3 avec laquelle je ne sors que lors de rares exercices mais dont
l'entretien est à ma charge et que je dois présenter chaque samedi à la
revue de matériel. Je participe aussi aux marches de l'escadron. Nous allons au moins deux fois par mois, à pied bien sûr,
faire nos exercices de tir au
camp de Mediouna ( à 20 km environ de Casablanca ) ainsi que des exercices
d'escalade de falaises au bord de l’océan, au sud de Casa, tout près
d'Anfa. A ce sujet, une anecdote : lorsque nous revenons de ce dernier exercice,
nous passons obligatoirement devant l'Hotel d' Anfa où est installée la
Commission d' Armistice allemande et, au pas cadencé, en rang, par trois,
l'arme sur l' épaule nous chantons à pleine gorge le chant de notre régiment
et, plus particulièrement le passage suivant : “Même à Sedan, de
sinistre mémoire, les vieux chas’ d' Af' souriaient en chargeant, et le
boche osant à peine y croire, bien malgré lui dit : Ah! Les braves
gens!..” A ma connaissance, cela ne nous a jamais valu la moindre récrimination.
En réponse à des cartes inter-zones que j'ai envoyées en décembre
tant à ma mère qu'à mon père, je reçois, en mars, une réponse
m'annonçant que ma mère a quitté Mont de Marsan et est revenue à
Parentis en Born vivre à nouveau avec mon père dont elle avait divorcé
en 1931. Sans grand espoir qu'elles leur parviennent, je leur adresse
quelques photos de leur militaire de fils. Elles n'iront pas plus loin que
Marseille d'où elles me seront retournées avec la mention “
acheminement impossible “. Au printemps, un nouveau contingent d'engagés nous arrive et, parmi eux, un
jeune Marseillais, Jacques Lamotte, qui deviendra aussi un excellent ami.
Et c'est la vie de garnison, vécue au jour le jour. Nos officiers nous
entretiennent de temps à autres de ce qu'ils savent et nous demandent de
continuer à espérer que le jour de la revanche finira bien par arriver.
A dire vrai, cela nous semble, pour le moment, assez mal parti car, si les
Russes défendent toujours âprement Stalingrad, Rommel, par contre,
devant El Alamein, mène la vie dure à la 8ème Armée dont le Maréchal
Montgomery vient de prendre le commandement. Nous n'avons pas de radio
pour nous tenir au courant mais nous lisons les journaux locaux ( le Petit
Marocain et La Vigie ) que des yaouleds viennent nous proposer à
l'enceinte du camp. Dans ces journaux, pratiquement pas de censure (ils
diffusent les informations données par Radio Tanger et Radio Sottens,
parfaitement neutres. Fin octobre, j'ai 19 ans et 1 an de services, je vais pouvoir suivre les
cours du peloton d'élèves gradés qui doit commencer incessamment. J'en arrive au mois de novembre 1942 qui va marquer un grand tournant, non seulement dans ma vie, mais aussi dans l'histoire de la seconde guerre mondiale.
7 Novembre 1942
ous
sommes, autant qu'il m'en souvienne, un samedi. Lasserre, Lamotte et moi
sommes sortis du camp vers 18 heures, titulaires d'une permission de
spectacle valable jusqu'à minuit. Tout est très calme lors de notre départ.
Après une escale à l' Automatic nous allons au cinéma, Place de France,
voir un film américain dont j'ai oublié le nom. Après les actualités
et l'entracte, le film a commencé depuis déjà un moment quand tout à
coup, la projection est interrompue, la lumière inonde la salle, le gérant
monte sur la scène et déclare : “L'autorité militaire donne l'ordre
à tous les militaires présents de rejoindre immédiatement leurs unités,
des camions les attendent pour les ramener.” Tous les trois nous sortons
et trouvons, dans les camions, d'autres camarades. Entre nous, les
supputations vont bon train.. Que se passe t'il ? Les Allemands ont ils
attaqué l'Espagne ? Ou bien
: Pétain a t'il été assassiné ? En
fait, personne parmi nous ne songe un instant à l'imminence d'un débarquement
anglo-américain en Afrique du Nord , l'opération Torch. Lorsque nous arrivons au Camp nous
le trouvons en ébullition. Nous recevons l'ordre de nous mettre en tenue
de combat et de nous tenir prêts à partir en opérations dans un délai
de 2 heures. D'abord il s'agit d'aller aux garages, de mettre tous les véhicules
en état de fonctionner à l'essence (opération simple à laquelle nous
sommes tous entraînés et qui consiste en un simple échange de gicleurs
des carburateurs.) Puis c'est
la perception de l'armement, des munitions, des vivres, confection des
paquetages de campagne. Tout cela est rondement mené, sans affolement
car, si nous ne savons pas exactement à quoi correspond cette “mise sur
pied de guerre”, il se murmure que les Anglais et les Américains se prépareraient
à débarquer en Afrique du Nord et, plus précisément pour ce qui nous
concerne, sur la côte marocaine. Nous, qui suivons anxieusement avec la
presse, le déferlement japonais sur le Sud Pacifique d'une part, d'autre
part l'inexorable avance de Rommel et de son Afrika Korps en direction du
Caire, sommes un peu perplexes et nous nous demandons comment, avec tous
les “emm....nuis” auxquels ils ont à faire face en ce moment, les
Anglo-américains peuvent ils mettre sur pied une aussi monumentale opération.
Et pourtant ! Quatre heures du matin ce 8 novembre. Mon escadron est prêt depuis
longtemps à partir, nous attendons les ordres. Tout est calme, pas un
bruit. Soudain, en direction de l'ouest, un vrombissement d'avions se fait
entendre et s'amplifie en quelques secondes, on voit leurs feux de
positions, ils viennent de l'océan et volent très bas. Pas un coup de
feu, pas une bombe, mais une multitude de tracts qui tombent sur le camp et
tout à l'entour. J'en ramasse un, il est rédigé en Français et en
arabe. Signé du Général Dwight Eisenhower, il nous dit à peu prés
ceci “Nous venons en amis pour vous aider à vous débarrasser du joug
nazi, ne tirez pas sur nous et il ne vous sera fait aucun mal.” L’opération
Torch vient de commencer. Malheureusement le Général Nogues, qui commande au Maroc, a décidé qu'il
s'opposerait par la force à tout assaillant quel qu'il soit. Il a même
fait arrêter et interner (nous l'apprendrons plus tard) le Général
Bethouart, son adjoint, qui, lui, ne voulait pas combattre les Anglo-américains.
Obéissant aux ordres de Nogues, aviateurs et marins qui disposent d'armes
de DCA (Défense Contre Avions) ouvrent le feu sur les avions lanceurs de
tracts qui, dans le courant de la matinée vont revenir avec autre chose
que des tracts. Vers sept heures nous recevons l'ordre de partir, direction le port de
Casablanca où se trouvent quelques unités de la marine de guerre, dont
le cuirassé Jean Bart (qui a réussi à quitter Brest, où il était en
cours de finition, en juin 1940, quelques heures seulement avant l'arrivée
des Allemands. Il est à quai il ne peut prendre la mer, ses machines n'étant
pas en état, et il ne dispose que d'une tourelle de 3 canons de 380mm
avec laquelle, dans la matinée, il tirera sur l'escadre US qui se trouve
au large. Il y a aussi les croiseurs Gloire et Primauget ainsi que deux ou
trois navires plus petits (torpilleurs ou contre-torpilleur je crois) dont
Le Milan. Sur le port, nous ne faisons rien d'autre que “compter les coups” car,
en effet, voilà les avions US qui reviennent, bien reconnaissables à
leurs bouts d'ailes carrés (j'apprendrai plus tard que ce sont des
Grumann Martlet de la Marine US.) Ils s'en prennent tout d'abord à l'aérodrome
du Camp Cazes où se trouvent quelques avions français et des batteries
de DCA qui ont ouvert le feu en premier; on entend quelques bombes
exploser et, bientôt, nous voyons un gros nuage noir monter dans le ciel.
Les dépôts de carburant et de munitions de l'aérodrome brûlent. Depuis
le quai, toujours amarré, le Jean Bart tire vers le large avec ses 380mm
Vers 9 heures, la riposte ne se fait pas attendre. D'où je suis,
je vois les Grumann Martlet, très haut au-dessus du port, basculer l'un
après l'autre et piquer sur les navires français qui ont pu franchir les
passes et font feu de toutes leurs pièces de DCA. En entamant leur
ressource, les avions lâchent leur bombe. Le Milan, qui navigue à
environ 2km de nous, en reçoit une en plein sur son arrière et, à la
jumelle, émergeant de la fumée de l'explosion, je vois une mitrailleuse
lourde tournant toute seule autour de son axe, pointée vers le ciel, mais
il n'y a plus trace de son servant, sans doute volatilisé. C'est dément d'assister ainsi à la guerre en spectateur, comme au cinéma,
car nous voyons bien que ces bombes ne nous sont pas destinées! Bientôt les avions ne sont pas seuls à entrer en action et, dans un
vacarme semblable à celui que ferait un train rapide lancé à grande
vitesse, avec un même déplacement d'air une volée de gros obus tirés
par les cuirassés US (au moins du 380mm) s'abat sur le port et ses
environs. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur car les plus proches
explosions ont eu lieu à plusieurs centaines de mètres derrière nous,
dans des terrains vagues. Et cela continue, de façon sporadique, tout au
long de la journée. Dans l'après-midi, un peloton de mon escadron est envoyé en reconnaissance
sur la route côtière Casa-Rabat, voir si l'itinéraire est libre car le
groupe d'escadrons de Casa a reçu l'ordre de rejoindre au plus tôt le
gros du Ier Régiment de Chasseurs d'Afrique à Rabat. Avant d'arriver à
Fedala (environ à mi-chemin entre Casa et Rabat), ce peloton doit faire
demi-tour après avoir constaté que les Américains débarquent en grand
nombre sur les plages avec des chars amphibies et que la route est coupée.
Pour rejoindre Rabat, il va donc nous falloir faire un grand détour par
l'intérieur des terres, aussi partons-nous, en fin d'après-midi, pour
Camp Boulhaut, puis Camp Marchand où nous allons passer la nuit. Le 9 novembre, il pleut; nous avons quitté la route asphaltée et roulons sur des pistes en direction de Temara où nous retrouverons la route directe Casa - Rabat, à environ 10 km de cette dernière ville. Pour les camions de mon escadron et les chars Hotchkiss et Renault du 2ème Escadron, le fait de rouler sur la piste ne présente pas de difficultés particulières. Pour ce qui me con cerne, avec ma petite Terrot 125 cm3, motocycliste assez inexpérimenté que je suis, sur cette piste argileuse et très mouillée, j'essaie de rouler et j'éprouve bien des difficultés à le faire. En effet, tous les 300 ou 400 mètres je suis obligé de mettre pied à terre pour enlever les paquets de glaise qui, coincés entre les garde boue et les roues, m'empêchent d'avancer. Un vrai calvaire et je ne tarde pas à me retrouver seul, mais pas le dernier car le camion de dépannage est loin derrière moi, s'occupant à réparer d'autres véhicules en panne. 300 mètres par 300 mètres, je continue à avancer dans une plaine de boue rougeâtre, sans un arbre, sans une maison où une “mechta” (maison arabe), un vrai bled dans tous les sens du terme, alors que la pluie a enfin cessé.
eu avant midi, alors que, une fois de plus, je suis occupé à me désembourber,
voici un visiteur. Un Grumann passe par-là, en rase-mottes. Je ne suis
pas très fier mais, comme j'ai mon mousqueton (genre de carabine) en
bandoulière, le pilote voit bien que je ne nourri aucune intention
hostile à son égard (d'ailleurs, s'il en allait autrement, ce serait,
pour le moins, un peu présomptueux de ma part.) Il se contente donc de
tourner deux fois autour de moi en faisant, derrière son cockpit, un
petit geste de la main que je prends comme un encouragement à continuer
mon travail et, prenant de l'altitude, il met le cap à l'Ouest. Enfin, je
rejoins la colonne qui, avant d'arriver à Temara,
s'est arrêtée pour permettre un regroupement de ses éléments,
puis, au bout d'un moment, nous repartons. En tête se trouve, derrière
la voiture du Capitaine Blacas, le peloton des 3 automitrailleuses Laffly
(engins antédiluviens dotés d'un toit ouvrant permettant le tir contre
avions d'un fusil mitrailleur 24-29 (fabriqué en 1924, modifié en 1929.)
Ensuite, encadrés par les motocyclistes qui vont et viennent le long de
la colonne, la kyrielle des camions de personnels et de matériels, jusque
et y compris la bonne vieille cuisine roulante, communément appelée
la roulante. La colonne s'engage sur la route Casa-Rabat et entre dans Temara lorsque
survient une escadrille de Grumann. Dans quelques instants cela va être
le drame. Nous ne serons plus les spectateurs mais les acteurs et aussi
les victimes d'un lamentable film
de guerre, d'une épouvantable tragédie. Qui a donné l'ordre aux automitrailleuses Laffly d'ouvrir le feu? Sans
doute quelqu'un qui s'estimait tenu d'obéir aux ordres du Général
Nogues. Le fait est que, si le tir de nos fusils-mitrailleurs n'a eu aucun
effet contre les avions, par contre, il a entraîné, de leur part, une
riposte particulièrement sanglante. Prenant la route d'enfilade, faisant
feu de toutes leurs mitrailleuses de calibre 50 (12,7mm) ils ont fait un véritable
carnage. Environ un trentaine de tués (dont le capitaine Blacas dans sa
voiture, une balle de 12,7mm en pleine tête) mes camarades Samson,
Letang, Verpilier, Vesperini, Muiron, Philippoteaux. et une soixantaine de
blessés plus ou moins graves. Autant dire qu'en quelques minute mon
escadron a pratiquement cessé d'exister. En ce qui me concerne, dès le début du mitraillage je me retrouve avec ma moto dans un fossé, sous un fourré de figuiers de barbarie (espèce de cactées) dont je ne sens vraiment pas les épines. La plupart de nos camions sont en flammes, partout ce ne sont que cris et hurlements de douleur. Les avions partis, je me relève. Pour moi, c'est l'apocalypse, le cauchemar éveillé. Dans la fumée des incendies je vois surgir des ombres, des camarades tout aussi hébétés que moi, assommés par l'immensité du désastre que nous venons de subir. Je retrouve Lasserre et Lamotte qui, par chance, sont comme moi indemnes. Avec d'autres camarades nous nous mettons en devoir d'écarter des flammes quelques blessés et de les secourir au mieux. Une épouvantable odeur de chair grillée empeste l'atmosphère. Quelques gradés rescapés remettent un semblant d'ordre et dressent un premier bilan. Le camion qui transporte le bureau de l'escadron n'a pas trop souffert, néanmoins le chef comptable (Major Douillet) a été grièvement blessé, le Maréchal des Logis (sergent) Oswald blessé aussi mais plus légèrement.
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