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ébut janvier
le 1er RCA commence à se trouver singulièrement à l'étroit au Camp
Garnier avec ses 12 escadrons de combat et son EHR (Escadron Hors Rang,
qui englobe l'Etat-Major du régiment, ses différents services
administratifs et logistiques), et encore n'a t'il toujours pas de matériel
de combat.. Aussi est-il envisagé dans la perspective prochaine de la
perception de ses chars, de lui donner “de l'air et de l'espace” en
l'envoyant bivouaquer en dehors de Rabat.
Le 1er février, jeune brigadier frais émoulu, je rejoins mon escadron où
mon capitaine m'affecte au PHR (peloton hors rang) où, dans les services
administratifs, je prends les fonctions de “comptable matières”,
c'est à dire que je suis chargé de réceptionner les matériels chars, véhicules
à roues, armement qui vont nous être attribués, d'en assurer la
gestion, de comptabiliser les munitions ainsi que les carburants nécessaires
à l'utilisation de ces matériels. Ceci pour le “temps de paix” car,
pour le temps de guerre, lorsque nous serons engagés dans le combat,
j'aurais à apporter, dans n'importe quelles circonstances, avec mes
camions, les munitions aux chars qui en manqueraient ainsi que les
“jerricans” de carburant qui leurs seraient nécessaires, mais de cela
j'aurai l'occasion de reparler.
Vers le 4 ou 5 février, dans le cadre du régiment, mon escadron quitte
Rabat en camions et va bivouaquer dans la forêt de chênes-liège d’Ain
Sibarra, à une cinquantaine de kilomètres environ à l'Est de Rabat.
Chacun des 5 pelotons de l'escadron, un PHR, un peloton échelon chargé
des dépannages du matériel auto-chars et les trois pelotons de combat, perçoit 2 tentes “marabout”(tente conique pouvant loger,
chacune, une bonne douzaine d'hommes) et la vie au grand air commence. Les
futurs pilotes de chars (6 à 7 par peloton) partent à Casa pour recevoir
une formation rapide, ce qui ne posera pas de problème particulier car,
parmi les “pieds-noirs”, (c'est ainsi que l'on appelle affectueusement
les français installés en Algérie et au Maroc) mobilisés, beaucoup
sont déjà titulaires du permis “poids-lourds”,
Très rapidement, vers la mi-mars, les premiers chars de 30 tonnes Sherman
M4A4 nous parviennent et, en un mois tout l'escadron en est doté (5 par
peloton de combat et 2 chars de commandement au PHR) soit 17 chars ; il
dispose également de son matériel auto (jeeps, CMC, Dodges, half-tracks)
et de la totalité de son armement.
Il a été décidé que, pour chacun des escadrons du 1er RCA, tous les véhicules
seraient “baptisés” avec des noms de villes, de régions, de
personnages célèbres, de batailles, commençant, par escadron, par la même
initiale. Pour mon escadron ce sera la lettre N, c'est ainsi que nous
aurons des chars baptisés Narvick, Ney ou Normandie par exemple.
Aussitôt l'école d'équipage commence, puis l'école de peloton afin de
rendre, aussi rapidement que possible l'escadron opérationnel. Voilà
pour le coté matériel. A présent, il s'agit aussi de nous vêtir car,
chacun en convient, notre “accoutrement” du moment est peu compatible
avec 1e service à bord d'un char. Les
Américains nous fournissent donc un paquetage à peu près identique à
celui de leurs GI’s mais, comme nous ne sommes pas “français pour
rien”... nos chefs (certains du moins et pas tous, heureusement!)
voudraient apporter une “touche” particulière à nos uniformes afin
qu'on ne nous confonde pas avec les “boys”.
Certains “grands chefs” préconisent que tirailleurs, spahis et
chasseurs d'Afrique continuent à être coiffés de la chéchia. Oui, je
ne plaisante pas! D’autres estiment que le port de la ceinture rouge
devrait être maintenu. Fort
heureusement personne cependant ne demande que le port des “bandes
molletières” soit préféré à celui des leggins de toile que comporte
le paquetage US Il paraît
que les Américains n'avaient pas du tout apprécié ces prétentions
ridicules et avaient menacé de ne rien fournir.
Finalement il est décidé que nous nous distinguerions des
“boys” par le port d'une cravate noire au lieu de leur cravate beige,
ce qui, d'ailleurs, ne durera pas bien longtemps et nous en viendrons à
la cravate beige nous aussi. Toutefois, en tenue de sortie, nous nous
distinguerons par le port de “calots d'armes”, identiques quant à la
forme aux calots américains mais de couleurs différentes selon les armes
(en particulier bleu ciel avec soufflet jaune pour les chasseurs
d'Afrique, rouge avec soufflet jaune pour les spahis, bleu très foncé
avec soufflet rouge pour les cuirassiers.)
Notre “américanisation” se poursuit dans tous les domaines et nous
percevons nos premières rations alimentaires, celles de tous les GI's :
rations D, les moins appréciées, rations K, plus substantielles, mais
celles que nous préférerons ce sont les rations U, une caisse comportant
la ration journalière de 5 personnes, soit un équipage de char. Elles
offrent davantage de diversité dans les menus et nous semblent plus
consistantes.
Les semaines et les mois passent. Nous suivons avec beaucoup d'intérêt le
total retournement de « la fortune des armes. » Les Allemands
désormais, reculent partout en Russie mais aussi, et surtout, en Afrique
où la 8ème Armée de “Monty” a raccompagné l'Afrika Korps jusqu'en
Tunisie, le contraignant à la capitulation. A la mi-mai, il n'y a plus
d'Allemands en Afrique.
Pour les Japs aussi c'est le commencement de la fin. L'ère des conquêtes,
des succès fulgurants, est passée mais
il faudra encore bien des mois et de trop nombreux morts, hélas,
pour, enfin, les mettre à genoux.
Fin juin, les équipages de chars ont acquis une maîtrise suffisante de
leur matériel pour être considérés désormais comme “opérationnels”
aussi, début juillet, le régiment quitte t'il la forêt d'Ain Sibarra
pour Rabat et ses environs. Mon escadron va bivouaquer dans la banlieue de
Rabat, dans le parc de l'Aguedal. C'est là que nous apprenons le débarquement
américain en Sicile, l'invasion de l'Europe
a commencé. Le 14 juillet nous défilons avec nos chars dans
l'avenue Dar El Maghzen, principale avenue de Rabat.
Fin juillet, alors que je viens d'être promu Brigadier-Chef, le régiment
quitte le Maroc pour l'Algérie où nous allons bivouaquer au sud d'Oran,
dans la forêt de Boutin (15
kms au sud-est de Sidi Bel Abbés.) Les chars sont transportés par voie
ferrée, les véhicules à roues par la route. C'est là que nous
participons à nos premières “grandes manœuvres” avec tirs réels
avec toutes les armes.
Le 1er septembre, le 1er Régiment de Chasseurs d'Afrique est scindé en
deux, donnant ainsi naissance au 1er RCA et au 1er RCA bis, en attendant
de lui donner une autre dénomination. Chacun
de ces nouveaux régiments est constitué d'un escadron hors rang,
d'un Etat-Major, d'un escadron de chars légers, portant le numéro I, et
de trois escadrons de chars moyens Sherman, portant les numéros 2, 3 et
4. Mon escadron devient le 4ème
escadron du 1er RCA bis, mes amis Lasserre et Lamotte en sont également.
Le 9 septembre, le 1er RCA bis prend le nom de 1er Régiment de Cuirassiers.
Ce régiment, chargé de gloire, qui a servi les rois, les deux Napoléon,
toutes les républiques, créé en 1635 par Henri de la Tour d'Auvergne,
vicomte de Turenne, a pris à sa création le nom de Turenne-Cavalerie et
comme devise celle de son créateur : Certum monstrat iter (La Tour montre
le chemin) et a constamment existé jusqu'en juillet 1940 où, décimé
après les combats de juin, il a été dissous. Son étendard (c'est le
nom que, dans la cavalerie, on donne au drapeau) qui avait été caché
pour ne pas tomber aux mains des Allemands, vient d'être ramené en
Afrique du nord, via l'Espagne, par un évadé de France qui, si mes
souvenirs sont exacts, est un ancien officier du Régiment : le Lieutenant
de Chazeaux. Il est remis à notre nouveau chef de corps (commandant du régiment)
le Lieutenant Colonel de Gonfreville. Le 1er CUIRS (c'est son appellation
courante), d'un effectif total de 900 officiers, sous-officiers et hommes
servant 17 chars légers et 56 chars Sherman est intégré à la 5ème DB
(Division Blindée) qui prend pour devise “France d'abord”.
Nous apprenons le débarquement américain en Italie et, le 2 novembre, nous
quittons les bois de Boutin pour aller nous installer un peu plus au nord,
dans la région de Mascara, à Mercier-Lacombe, en cantonnement-bivouac, où
nous restons un peu plus d'un mois. Cet automne est très pluvieux, les
jours passent lentement. Heureusement que nos camarades “pieds-noirs”,
dont beaucoup sont originaires de la région d'Oran, mettent de
l'animation dans nos rangs avec leurs orchestres improvisés et leurs
chansons. Ah! Messas, Yrles, Pacifico,.Pamies, Navarro, Tognet et les
autres, si vous saviez combien votre bonne humeur, votre joie de vivre,
nous ont aidés, nous, les “Francaouis” (pour les “pieds-noirs”,
les Français de France) à trouver le temps moins long. Rares, parmi
vous, étaient ceux qui connaissaient déjà la France, et pourtant vous
étiez autant que nous prêts à aller vous battre et peut-être mourir
pour elle.
Le 11 décembre, le régiment en entier se porte à l'embouchure de la
Macta, au fond du golfe d'Arzeuw, en cantonnement à Fornaka. Nous sommes
tout près d'Oran et nous nous prenons à espérer que notre embarquement
est peut-être tout proche. Eh bien non! Certes, embarquement il y aura,
mais à titre instructif seulement. L'escadron suit en effet un entraînement
de 3 semaines au Fifth Army Invasion Training Center. Au cours de ce stage
les équipages sont entraînés à embarquer
dans les LST (Landing Ship Tanks), à arrimer les chars puis, le
LST s'étant éloigné d'environ 200 mètres de la plage, de débarquer
les chars, entièrement « waterproofés » disparaissant totalement dans
l'eau (seules deux grosses cheminées soudées sur les “plaques
moteur”: une pour l'admission de l'air, l'autre pour l'évacuation des
gaz d'échappement, émergeant de la surface). Guidés par radio ils
roulent sur le fond de la mer jusqu'à la plage où ils émergent!. Je n'ai participé à ces exercices que comme spectateur et,
aux dires de ceux qui les ont pratiqués, il ne faut pas souffrir de
claustrophobie et avoir une totale confiance dans son matériel. Ils sont
tout de même, nerveusement très éprouvants.
C’est
au cours de ce stage que nous clôturons l’année 1943 et nous commençons
à nous demander quand va venir notre tour d'entrer dans la danse, car déjà
un Corps expéditionnaire Français a débarqué en Corse et un autre aux
ordres du Général Juin participe, avec l’armée du Général Clark, à
la campagne d'Italie dans le secteur montagneux des Apennins, au Belvédère
et à Monte Cassino.
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Année 1944
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