Souvenirs de Guerre de Raymond Lescastreyres

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Introduction
1939
1940
1941
1942
1943
1944
1945
Après la guerre…

 


 

Résumé.

C'est la bataille de Colmar, puis la traversée de la Foret noire et, de combats en combats, une épopée glorieuse jusqu'en Autriche ou l'escadron apprendra la signature de l'Armistice le 8 mai.



Marechal des Logis Lescastreyres en 1945
Le Maréchal des Logis Lescastreyres en 1945







 

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Citations du 1er CUIRS

Visitez le site d L' Amicale des Anciens et Amis du 1er Régiment de Cuirassiers.et lisez le compte rendu officiel. CETTE CITATION COMPORTE L'ATTRIBUTION DE LA CROIX DE GUERRE AVEC PALME




















































Speyer
Le pont de bateau de Speyer (Spire) sur lequel j’ai franchi le Rhin le 3 avril 45.






































 

 







Combats à Neuenburg

Combats à Neuenburg
Combats à Neuenburg le 10 avril






















Jagdtiger
14 avril 1945. Le Jagdtiger (chasseur de char équipé d'un canon de 128mm) détruit par le MdL chef Larmagnac à Langenbrand.


en savoir plus....

Karlheinz Münch a écrit un livre sur l'unité Allemande qui a perdu ce Jagdtiger:

("Schwere Panzerjäger-Abteilung/~Heavy Tankdestroyer Unit 653").



























Vaihingen

Vaihingen
21 avril 1945. Vaihingen (faubourg de Stuttgart) photos prises du haut de la tourelle du char Nomade II
























































Bregenz
Bregenz 






Ney bazooké
30 avril 1945. Le char Ney bazooké à la frontière austro-allemande. On voit nettement les deux trous causés par les panzerfausts , l’un sur le coté de la tourelle, l’autre sur le flanc du char.






Juin 1945
Juin 1945




 


Année 1945. (extrait)

  D

u 2 au 21 janvier l'escadron va se reformer à La Parièe, tout d'abord en recevant un renfort en personnel pour combler les pertes consécutives aux derniers combats de décembre, puis en renouvelant de fond en comble son matériel chars. En effet, nous transférons aux autres escadrons du régiment les quelques  Sherman M4A4 qui nous restent et percevons à la place 7 M4A4 neufs ainsi que 4 M4A2, neufs éga­lement mais qui, eux, fonctionnent au gasoil ( ce qui va me poser quelques problèmes quant à leur ravitaillement car il ne s'agira pas de mélanger jerricans d'essence et de gasoil.)

Les personnels qui nous sont affectés viennent, pour la plupart, des dépots d'Afrique du Nord, quelques autres viennent des FFI (Forces Françaises de l'Inté­rieur, anciens “maquis”) Chacun y mettant beaucoup de bonne volonté, l'amalgame se fait très vite. Le Lieutenant Bruneau, à peu près remis des blessures reçues à Orbey après celles subies à Suarce un mois plus tôt, rejoint l'escadron, ayant refusé de partir en convalescence. Par ailleurs des spécialistes américains viennent nous initier à l'utilisation et l'entretien des Sherman M4A2.

Le 9 janvier l'escadron est alerté et doit se tenir prêt à partir le lendemain matin. Le contre-ordre arrive dans la nuit. Fausse alerte donc mais nous sentons bien que la période dite “de repos” va bientôt prendre fin car, dès le 16 janvier, les capitaines du Sous-Groupement C sont envoyés en reconnaissance aux confins de la plaine d'Alsace, au nord-ouest de Colmar.

Le 21 janvier, adieu La Parièe. L'escadron, qui compte 11 chars, refait en sens inverse ( et dans les mêmes conditions climatiques détestables, neige épaisse et fort brouillard givrant) le chemin qu'il a parcouru le 31 décembre et, par Saint-Die, le col du Bonhomme et Lapoutroie, arrive à Hachimette où se trouvent toujours les Américains qui nous ont relevés en décembre.

Le 24 janvier, par Kaysersberg ( la patrie du docteur Schweitzer ), Riquewihr et Hunawihr, nous bordons la plaine d'Alsace, face à Ostheim (l2 kms au nord de Colmar ) Nous sommes en plein vignoble alsacien mais il nous faudra attendre des jours meilleurs pour déguster son vin car les caves ont été soit détruites, soit pillées par les Allemands.

Aux lisières sud de Hunawihr une batterie de canons de 155 mm tire sans dis­continuer en direction du Rhin. Nous sommes sous la neige dont la couche atteint 50 cm et c'est pitié de voir les vestiges de ces villages alsaciens, écrasés par les obus, réduits à des monceaux de ruines recouverts de neige comme d'un linceul et sur lesquels les rares habitants restés dans les caves ont à cœur de faire flotter les couleurs de la France. Pauvres petits “drapeaux” faits de bouts de tissus bleus, blancs et rouges assemblés à la hâte ou pieusement conservés dans un endroit secret au nez et à la barbe de l'allemand. Oui, vraiment, ces gens là sont restés Français de toutes leurs fibres, envers et contre tout et quoi qu'il leur en ait coûté.

Nous restons là trois jours et, afin qu'ils se fondent mieux dans le paysage, nous peignons tous les véhicules en blanc car la neige, qui continue à tomber, n' est pas à la veille de fondre. Le 28 janvier, en début d'après-midi, l'escadron part vers le sud-est en direction du pont sur l’Ill (Pont de Maison Rouge ) par Zellenberg et Ostheim (grosse bourgade totalement anéantie par les bombardements). Chemin faisant nous dépassons des fantassins américains qui, jusqu'à ce jour, constituaient les “avant-postes” où ils ont passé quelques jours et autant de nuits dans leurs trous recou­verts d'une toile de tente. A moitié ensevelis dans la neige! Ils ne sont pas peu heureux de nous voir arriver.

Le 29 janvier les choses sérieuses recommencent pour nous et l'escadron, en étroite liaison avec l'infanterie américaine, part en direction du sud, vers Colmar, alors que le jour n'est pas encore levé. Premier objectif, Holtzwihr à 4 km au sud, ainsi que le pont sur le canal de Colmar à 1500 mètres au sud de Holtzwihr.

Après bien des difficultés, dues essentiellement à la nature du terrain où nos chars s'embourbent parfois, les lisières d’Holtzwihr sont atteintes au lever du jour et, vers 10 heures, le village est entre nos mains où une cinquantaine de pri­sonniers sont faits. Tout le reste de la journée et la nuit suivante l'escadron subit de violents tirs d'artillerie. Je me souviens avoir vu, cet après-midi là, un GMC de l'armée US roulant dans la rue et qui me précédait d'une centaine de mètres, recevoir un obus de plein fouet dans la cabine, continuer sa course et venir percuter un de nos chars. Ses occupants étaient morts, bien sûr; comme il ne transportait ni essence ni munitions, le char n'en a pas souffert.

Le 30 janvier, l'escadron, toujours avec la Légion et l'Infanterie US, part vers Wihr en Plaine (3 km est de Colmar) où il est accueilli par un violent tir d'artillerie. Une contre-attaque allemande venant de l'Est tente de couper l'escadron de ses arrières. Le 1er peloton (Lt Berthelot) est envoyé pour s'y opposer et le char Nemrod reçoit alors un coup de 88mm en pleine tourelle (1 tué, 3 blessés). Bien que blessé, le pilote, cuirassier Beauchet, tente de ramener son char qui n'a pas pris feu mais, touché une nouvelle fois, il doit l'évacuer. Un autre char, en panne de terrain, touché à son tour, doit être évacué. Finalement, la contre-attaque allemande échoue et Wihr en Plaine est occupé en partie.

Le 31 janvier, après les pertes de la veille et quelques chars toujours immobilisés suite à des pannes de terrain, l'escadron se trouve momentanément réduit à 5 chars. Son objectif est aujourd'hui Horbourg (faubourg de Colmar, séparé de la ville par L’Ill, à l'est de cette dernière). Toujours accompagnés des légionnaires et de l'infanterie américaine, le débouché se fait rapidement mais, dès leur arrivée aux lisières d'Horbourg, les chars se heurtent à une résistance acharnée des Allemands retranchés dans les caves au milieu des civils et qui tirent par les soupiraux, rendant la riposte particulièrement difficile. Malgré un violent tir d'arrêt allemand, Horbourg reste, en partie, entre nos mains et 80 prisonniers sont faits. Malheureusement cette action n'empêchera pas les Allemands de faire sauter le pont sur l'ill. Quelques blessés chez nous mais surtout parmi les légionnaires.

La nuit du 31 janvier au 1er février se passe sous les tirs de l'artillerie et des mortiers ennemis. Pour ravitailler en carburant et munitions les chars et les half-tracks de la Légion, il me faudra, avec mes équipages, “slalomer” entre les obus et, au matin, je ne compterai pas les impacts d'éclats de toutes sortes qui truffent mes GMC et la plupart de mes jerrycans. Une chance inouïe qu'aucun obus ne soit jamais tombé sur les caisses d'obus que je transportais. Quel feu d'artifice cela aurait fait ! Sur le coup, heureusement, je n'y ai jamais pensé. Pas de citation cette fois-ci. Seulement une “inscription” au Journal De Marche. La citation à l'ordre de la Division c'est le Sous-lieutenant Ducanchez qui l'a eue.

Que l'on me permette, à ce point de mon récit, une petite disgression. Je viens de mentionner que, entre le 28 et le 31 janvier nous avons combattu avec l'infanterie américaine. A mon avis, le Journal De Marche de mon escadron (son rédacteur tout au moins) se montre très sévère avec cette unité. Certes, les GI's ne sont pas des Légionnaires (ces derniers, et c'est tout à leur honneur, ne sont pas habitués à “économiser” leur sang) mais je veux préciser que la Division à laquelle appartenait cette unité (la 3ème DIUS je crois et dont l'insigne est un carré strié en biais de bandes blanches et bleues - j'en ai un exemplaire qui m'a été donné en souvenir à Wihr en Plaine par un GI), après avoir débarqué en Afrique en 1942, puis à Salerne en Italie en 1943, combattu en Belgique puis avec nous en Alsace, a tout de même compté dans ses rangs le soldat le plus décoré de l'US Army : Audie Murphy qui, engagé comme simple soldat en 1941 a terminé la guerre comme Capitaine, a reçu, des mains du Président Truman la plus haute distinction des Etats Unis,  La Médaille d'Honneur Du Congrès  puis après un court passage par Hollywood où il a été la vedette de quelques films, a trouvé la mort en 1971 dans un accident d'avion. Oui, ces GIs nous ont tout de même bougrement aidés à vaincre!

Le pont sur L’Ill entre Horbourg et Colmar ayant donc sauté, il faut trouver une autre solution pour prendre Colmar aussi, le 1er février, nous quittons Horbourg pour revenir sur nos pas : Wirh en Plaine, Holtzwirr, Pont de Maison Rouge et cap au sud sur Houssen (4 km au nord de Colmar). Le 2 février vers 8 heures, après avoir récupéré quelques chars qui ont été réparés, l'escadron se dirige vers l'entrée Nord de Colmar qu'il commence à “nettoyer” sans trop de pertes pour nous. Il n'en va pas de même pour les Légionnaires victimes de tirs des snipers.  Enfin nous sommes à Colmar. Cela n'aura pas été sans mal mais le jour tant attendu est enfin arrivé.

Le 3 février, avec le Bataillon de Choc, nous participons au “nettoyage” de la ville où de nombreux prisonniers sont faits, et, le 4 février, la ville étant totalement libérée, nous nous installons en cantonnement confortable chez l'habitant, au voisinage de la gare. Pour ma part, je partage une vaste chambre avec mon camarade, le Maréchal des Logis Benazra chez un avocat de la ville actuellement absent.

Le 5 février, hormis les prisonniers, il n'y a plus un seul soldat allemand sur la terre de France. Enfin, presque car à Lorient, La Rochelle et Royan quelques “poches” résiduelles subsisteront jusqu'en avril.

Le 8 février une prise d'armes est organisée sur la place Rapp (du nom d'un Général de Napoléon originaire de Colmar) en l'honneur du Général de Lattre de Tassigny et une autre le 10 en l'honneur du Général de Gaulle. L'escadron va couler quelques jours heureux et prendre un repos bien mérité. On parle même de permissions. Les premières pour la plupart d'entre nous. En attendant, les 7 chars qui nous restent sont parqués au quartier RAPP et on remet le matériel en état. Etant, d'une part, un de ceux qui avaient quitté la France depuis le plus  longtemps ( près de 3 ans et demi ), et d'autre parte un de ceux qui habitent le plus loin, je suis un des premiers à partir pour une permission de 10 jours plus 4 jours de délais de route car il faut compter avec les difficultés de transport, les voies ferrées n'étant pas partout totalement remises en état.

Le 13 février donc, en camion, nous sommes quelques-uns un à aller prendre le train à Belfort puis, en train spécial de permissionnaires, direction Paris. De là, par la gare d'Austerlitz, direction Bordeaux puis Ychoux et Parentis en Born toujours par le train Car, à l'époque, la voie ferrée des Landes avec son train antédiluvien de la ligne Ychoux - Biscarosse Plage ( le “mâche-cul” comme nous l'appelions alors à cause de ses banquettes en bois bien dur) fonctionnait encore.

J'arrive à destination le 15 en fin d'après-midi. Cela me fait tout drôle de retrouver mes parents réunis. Lorsque ma mère est partie avec moi à Mont de Marsan en février 1931, j'avais un peu plus de 7 ans puis, le divorce prononcé en 1932, j'ai été confié à mon père avec lequel je suis resté jusqu'à l'âge de 14 ans, élevé par ma grand-mère paternelle qui, sans être vraiment méchante à mon égard, ne me portait pas spécialement dans son cœur. Comme je réussissais tout de même bien dans mes études, après avoir passé avec succès les épreuves du concours des bourses 3ème série ( examen d'un niveau intermédiaire entre le Brevet Elémentaire et le Baccalauréat), le directeur de l'école de Parentis  avait conseillé à mon père de me laisser repartir à Mont de Marsan pour y poursuivre mes études, ce à quoi il avait consenti.

En 1937 donc j'étais retourné auprès de ma mère et étais entré à l'Ecole Pigier pour y apprendre la sténographie, la dactylographie et la teneur de livre, (autrement dit : la comptabilité). Un an après j'obtenais un certificat dans chacune de ces 3 matières et l'année d'après, toujours dans ces mêmes matières j'obtenais mes diplômes; j'étais donc prêt à entrer dans la vie professionnelle à partir de la fin juin 1939.

Après cette digression, j'en reviens au fait que, bien que sachant que ma mère était depuis 1942, retournée, après le décès de ma grand-mère paternelle vivre à Parentis avec mon père, je ne me suis pas senti très à l'aise quand je les ai revus ensemble. J'ai très vite compris que, entre eux ce n'était qu'un simple “rafistolage”. Une simple “communauté d'intérêts” en somme dont je me sentais totalement exclu. Certes, cela m'a fait plaisir de les revoir, de constater qu'ils n'avaient pas trop souffert de la guerre. Mais j'ai aussi senti que, si je voulais avoir une famille, une vraie famille, il faudrait que je la fonde moi-même.

Les quelques jours que j'ai  passés à Parentis, je les ai surtout employés à aller voir mes autres parents comme la cousine Simone, a qui, en 1941 nous avions fait, ma mère et moi passer la ligne de démarcation pour qu'elle puisse aller revoir, en Zone Libre, son mari Pierre Manciet. J'ai aussi vu pas mal de ces gens qui, bien que ne me connaissant pas, savaient en 1941, m'écrire pour me demander de faire passer des lettres en Zone Libre. Peu s'en souvenaient encore et encore plus rares ceux qui m'en ont remercié. Il est vrai que, les mauvais souvenirs de l'occupation, il fallait les oublier au plus vite.

Par contre, mes “camarades” restés tranquillement chez eux pendant l'occupation et qui, par “chance” ou par relations avaient échappé au STO (Service Obligatoire du Travail), ne manquent pas de me narrer leurs exploits de FFI .  Oh! Ils en ont fait des choses ! A tel point que, à côté de tout ce qu'ils me disent avoir “enduré”, j'en arriverais presque à me dire que, malgré ma Croix de Guerre 39-45 toute neuve, je ne serais qu'un petit garçon. Ils me montrent des photos où, brassard FFI gros comme une affiche autour du bras, une antique “pétoire” à la main on les voit à quatre ou cinq tenir par le collet un minable “soldat” allemand qui pourrait être leur père et qu'ils ont “cueilli”, je ne l'ai vu que bien plus tard, sur le bord de la route, alors que, exténué, il n'avait pu suivre ses camarades en retraite. Oh Le glorieux fait d'armes que voilà!

J'ai encore appris, plus tard, que la plupart (dans la région tout au moins) ne sont devenus FFI que lorsque les derniers soldats allemands ont eu quitté la région et que les “actes de guerre” de ces “résistants” de la dernière heure,  les plus virulents, ont essentiellement consisté à s'ériger en justiciers,  faisant la chasse aux rares femmes qu'ils soupçonnaient,  parfois à tort d'ailleurs, d'avoir eu des “bontés” pour l'occupant et s'acharnaient ensuite à les avilir en les dénudant, leur peignant des croix gammées sur la poitrine, leur rasant la tête. Il se dit même que certains se sont ainsi vengés d'avoir vu leurs “avances” repoussées. Tout cela pour en arriver à voir, quelques années plus tard, l'un de ces vaillants lieutenant  épouser une de celles à qui il avait rasé la tête en 1944. Je me suis beaucoup éloigné de mon sujet mais il fallait que cela soit dit. A l'époque pas besoin d'être promu. On se décernait soi-même le grade désiré. Ainsi a t’on vu des lieutenants-colonels à 7 galons : 2 pour lieutenant et 5 pour colonel. Authentique !

Il me reste encore 4 jours de permission à passer. Sans regrets je quitte Parentis et pars à Bordeaux où habite une tante qui a beaucoup compté dans ma vie. Tante Jeanne a épousé un frère de ma mère, tonton Louis, qui est aussi mon parrain; comme ils ne pouvaient pas avoir d'enfants, tante Jeanne s'est, dès mon plus jeune âge, beaucoup intéressée à moi et je me souviens que, à Morcenx où elle habitait alors, je me plaisais beaucoup quand elle m'y amenait pour quelques jours. Malheureusement, en 1931 parrain Louis décédait et je perdais de vue tante Jeanne pendant quelques années.

En 1935, à l'occasion d'un mariage je l'ai revue de façon très fugitive; elle s'était remariée entre temps et habitait désormais Bordeaux mais, dans mon coeur elle était restée tante Jeanne. Pendant la guerre comme mes parents, habitant à la campagne, avaient quelques facilités de ravitaillement, ils ont pu en faire profiter un peu la tante Jeanne ce qui fait que les relations avec elle et son nouveau mari n'ont jamais été interrompues.

Me voici donc à Bordeaux où je passe mes derniers jours de permission. C'est là que je vais faire la connaissance d'une nièce de tante Jeanne, fille d'une de ses sœurs, Louise et qui, à l'époque, est âgée de 16 ans 1/2. Je me souviens vaguement en avoir entendu parler. Nous avons d'ailleurs un parrain commun, tonton Louis, et dans notre tout jeune âge, alors que notre parrain était encore de ce monde nous nous serions à ce que nous dit la tante, déjà rencontrés. J'ai vaguement souvenance en effet, de son nom de famille que, à l'époque, je pense être Marchandeau, alors qu'en fait c'est Marchadier, Andrée, mais que tout le monde appelle Dédée . Elle est encore une gamine sautillante, enjouée et, déjà, bien jolie. Dans un peu plus de quatre ans elle deviendra ma femme. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Ces 4 jours à Bordeaux passent très vite; je visite la ville que je ne connaissais absolument pas auparavant et le jour arrive où je dois retourner dans mon régiment. A la gare de l'Est, à Paris, au Centre d'Accueil des Permissionnaires, j'apprends que mon régiment a quitté Colmar pour la banlieue ouest de Strasbourg, à Eckbolsheim où je le rejoins le 27 février.

Le 28 février, pas le temps de souffler, les choses sérieuses recommencent pour moi. Tout d'abord comme je m'occupe toujours de la comptabilité du matériel, je dois préparer le reversement à d'autres escadrons des chars M4A4 et M4A2 qui nous restent car nous allons percevoir à la place 17 chars Sherman M4AI dotés d'un moteur d'avion (9 cylindres en étoile) fonctionnant toujours à l’essence et dont deux  exemplaires (seulement) sont dotés d'un canon de 76mm long, muni d'un frein de bouche. Enfin un véritable canon antichar. Mais hélas, il n'y en a que deux!

Le Capitaine Guibert (Petit Louis) nous a quittés, muté comme instructeur à Saumur. Le Lieutenant de Grasset prend le commandement de l'escadron. Le mois de mars se passe à remettre sur pied un escadron à nouveau apte à reprendre le combat. Mais cette fois ce sera en Allemagne, de l'autre coté du Rhin, que nous allons le mener.

Le 27 mars, alertés dans la matinée, nous partons vers le Nord est par Haguenau allons cantonner à Oberseebach, toujours en Alsace, à moins de 10km  de la frontière allemande où nous allons rester quelques jours en attendant que des moyens soient réunis pour que nos chars puissent franchir le Rhin dont les Allemands tiennent toujours la rive droite, mais plus pour bien longtemps.  

Du 1er avril au 23 avril 1945

  A

 partir de maintenant, mon récit va s'inspirer largement du “carnet de route” que j'ai tenu à partir du 1er avril et jusqu'à la fin de la guerre (petit carnet jaune où, au crayon, chaque soir, je rapportais les itinéraires suivis, mes faits et gestes, mes états d’âme.) J'y ajouterai quelques commentaires qui, sur le champ ne me sont pas venus, ainsi que quelques oublis sur des évènements dont je n'ai eu connaissance qu'après coup.

Le 1er avril, en milieu d'après-midi, par Wissembourg nous pénétrons en Allemagne et traversons la ligne Siegfried (prise depuis quelques jours déjà par les Américains) à 16 heures 30 et arrivons à Oberlustadt à la nuit. Nous sommes à une trentaine de kms de Wissembourg, donc bien à l'intérieur de l'Allemagne. Aux fenêtres de toutes les maisons flottent des bouts de tissus blancs en signe de reddition, qui contrastent singulièrement avec ces affiches placardées à profusion et qui affirment de façon péremptoire : Wir kapitulieiren nie. (Nous ne capitulerons jamais!).

Personne dehors, les habitants restent calfeutrés. Le village n'a, apparemment pas souffert. Les Allemands chez qui, avec mes équipages, je dois loger semblent terrifiés, surtout en voyant les Marocains car, nous disent-ils après que nous les ayons rassurés, la propagande nazi leur a affirmé que les noirs allaient les violer et les tuer. Nous ne verrons que des vieillards et des enfants, les jeunes hommes, et même les moins jeunes, sont à la guerre, les femmes claquemurées au fin fond des caves.

Le 2 avril nous restons à Oberlustadt en attendant de pouvoir passer le Rhin. Le 3 avril, les chars de l'escadron franchissent le Rhin à Germersheim ( 15 kms à l'Est de Landau), sur des bacs réalisés par le Génie. Avec les véhicules à roues et les half-tracks de la Légion, je franchis le Rhin sur un pont de bateaux à Speyer (Spire), 10 kms au nord de l'endroit où les chars l'ont franchi. Le soir, tout l'escadron est rassemblé et passe la nuit à Uttenheim (15 kms au nord de Karlsruhe) je vais, à la nuit, me ravitailler en essence au bord du Rhin en face de Germersheim. Nous ne sommes pas encore engagés, mais cela ne saurait tarder.

Le 4, nous partons à l'aube vers Karlsruhe et prenons contact avec l'ennemi à 10 kms au Nord de la ville. Quelques escarmouches et l'Allemand décroche.  Il ne défendra pas la ville qui sera prise dans l'après-midi vers 15 heures. Les chars sont parqués sur la Adolf Hitler Platz et inspectés par le Général de Lattre de Tassigny arrivé à l'improviste. Nous passons la nuit à Karlsruhe.

Le 5 nous quittons Karlsruhe et partons en direction du sud-est, vers Pforzheim, avec le village de Wössingen comme premier objectif. Vers midi, le contact est pris. L'escadron est très étalé sur le terrain, chaque peloton de chars, toujours accompagné d'une section de la Légion, se voyant attribuer un objectif différent. En début de soirée, le char Nantes est détruit par un coup d'anti-chars mais, par chance, personne n'est blessé. A son actif, l'escadron compte une centaine de prisonniers et la capture de trois canons anti-chars. Notre axe d'attaque se situe désormais plein sud, le nettoyage de la Schwarzwald (Foret Noire) étant confié à notre ouest, à une autre Division française.

Le 6 et le 7 nous nous approchons de Pforzheim,  petite ville qui semble avoir beaucoup souffert des bombardements aériens à en juger par la vue que nous en avons depuis les hauteurs nord qui la dominent. Il est vrai qu'elle abritait une importante industrie d'instruments de très haute précision.

Le 8, alors que les chars étalés sur le terrain s'approchent de la ville, la colonne des véhicules qui suivent à environ 2 kms derrière et dans laquelle je me trouve avec mes deux camions et le half-track du groupe de dépannage, est sérieusement prise à partie par l'artillerie allemande. Chaque équipage cherche, comme il le peut, à se mettre à l'abri avec son véhicule et à utiliser au mieux les fossés bordant la route! . Autour de moi il y a cinq blessés parmi l'équipage du half-track et mon camion, criblé d'éclats, est inutilisable. Personne, parmi mes équipages, n'a été touché. La “baraka” continue à être avec nous. Ayant reçu l'ordre de rester sur place en attendant que l'on vienne me récupérer nous entrons dans une ferme toute proche, absolument intacte et assez opulente, où nous trouvons deux “prisonniers” français l'un René, originaire de Bordeaux, l'autre, Léon de Limoges, tous deux dans la force de l'âge (un peu plus de 30 ans.)  Ils vivent là depuis près de 5 ans, envoyés par le camp de prisonniers ( le stalag ) auquel ils appartiennent pour aider aux travaux des champs. Seul Léon travaille dans cette ferme, René, lui, appartient à une ferme voisine. Tous deux sont en pleine forme! Et nous avons tôt fait de lier connaissance.

Dans la ferme où travaille Léon il y a trois femmes : la mère, une femme très accorte qui doit avoir à peine 40 ans, et ses deux filles qui ne doivent pas encore avoir 20 ans. Elles n'ont pas l'air trop craintives et parlent quelques mots de français, Léon leur ayant sans doute servi de professeur. Ce dernier est le seul homme de la ferme, le mari de la fermière a été tué en Russie en 1942 et le fils, qui combattait aussi sur le front de l'est, est depuis quelques mois, porté disparu..

A son comportement, je ne suis pas long à comprendre que, depuis longtemps sans doute, Léon ne couche plus dans le petit local prévu dans chaque ferme employant des prisonniers, où il devrait normalement passer ses nuits enfermé à double tour. Il est, en fait, devenu à présent, et dans tous les sens du terme, le “patron” de la ferme et ne semble pas du tout décidé à rentrer en France, au contraire. Je me souviendrai toujours de l'avoir entendu dire : “Je n'ai aucune attache en France où, avant la guerre j'ai toujours travaillé comme valet de ferme. Qu’est-ce que j'irais bien f .. e à Limoges. Je suis très bien ici!.” Tous ces gens ne semblaient pas avoir beaucoup souffert physiquement de la guerre et je me souviens que les femmes nous ont fait manger de délicieuses tartes recouvertes d'une épaisse couche de crème de lait qui n'avait rien d'un “ersatz” car nous avons pu voir plusieurs vaches dans l'étable.

Après cet intermède, le soir, un half-track vient me chercher et un nouveau GMC m'est attribué avec son plein de jerrican, avec lequel, le 9 au matin, je vais compléter les chars. Pforzheim étant tombé la veille, l'escadron poursuit sa route vers Neuenburg, à une dizaine de kms au sud, les chars sont arrêtés par des abattis qui barrent la route très encaissée mais, néanmoins, une cinquantaine de prisonniers sont faits et deux canons anti-chars capturés.

Le 10, l'Allemand s'accroche à Neuenburg qu'il défend âprement, soutenu par de violente tirs d'artillerie; un de nos équipages de chars est durement “sonné” ( 3 tués, 2 blessés ) . Je vais ravitailler en plein jour et en plein bombardement. Encore une fois sans casse. Ce qui me vaudra ma deuxième citation, à l'ordre de la Brigade cette fois. Neuenburg est pris dans la soirée.

Le 11, le sous-groupement C se regroupe au sud de Neuenburg,  à Schwann.

Le 12, toujours à Schwann, nous avons la “visite” de six avions de chasse allemands qui, sans doute à court de munitions, après avoir décrit quelques cercles autour du village., ne font que passer, nous ignorant superbement.

Le 13, action de l’escadron, toujours avec sa compagnie de Légion, en direction du sud-est, sur Waldrennach et Feldrennach qui tombent sans grands combats.

Le 14, attaque dès 7 heures 30 en direction de Langenbrand qui paraît fortement tenu. Le char Noyon repère un Panther ennemi mais ne peut le mettre hors de combat car ses obus de 75 ricochent sur son épais blindage; c'est le Maréchal des Logis Chef Larmagnac, avec le char Nomade II qui le détruit avec son canon de 76 anti-chars. Langenbrand tombe et l'escadron poursuit son action jusqu'à Schomberg qui est atteint en fin d'après midi. A la nuit, alors que les canons ennemis se mettent de la partie, j'entreprends le ravitaillement des chars très éparpillés. Ce qui m'amène à en terminer vers 3 heures du matin. Depuis Pforzheim, nous étions entrés dans une zone assez montagneuse des contreforts nord-est du massif de la Foret Noire (Schwarzwald) et nous nous en dégageons pour aborder, plus à l'est, la vallée du Neckar.

Le 15, départ en début de matinée vers le sud-est en direction de Zavelstein puis Calw (petite ville à environ 30 kms à l'ouest de Stuttgart.) L'avance est rapide, le terrain se prêtant moins à la mise en place d'un système défensif des Allemands que nos chars prennent de vitesse. C'est ainsi que Calw est pris avant que les ponts ne sautent et de nombreux prisonniers - dont un Major (Commandant) - sont faits. Je récupère, à cette occasion, une paire de jumelles (que j'ai toujours d'ailleurs.)

Le 16, l'escadron se “donne un peu d'air” en élargissant sa conquête autour de Calw. Après avoir ravitaillé, je dois retourner à une bonne vingtaine de kms en arrière pour compléter mes jerricans et embarquer de nouvelles munitions. Les routes ne sont pas toujours sures, mais il faut faire avec.

Le 17. Le temps est magnifique, la vallée du Neckar s'offre à nous, plein sud. Successivement les villages (apparemment intacts mais dont toutes les fenêtres arborent une multitude de drapeaux blancs) de Waldorf, Oberschwandorf,  Haiterbach et Tailheim tombent entre nos mains . Enfin, les ponts de Horb sur le Neckar, tombent intacts, l'ennemi n'a pas eu le temps de les détruire. Dans la journée nous avons réalisé une avance de plus de 30 kms!. La nuit se passe sous un fort bombardement de mortiers allemands.

 

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 Le livre broché

  Les "Souvenirs de guerre d'un jeune français" en version  broché délivré à votre porte.
13.97 x 21.59 cm
142 pages
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$18.85 Dollars US
Approx: 13 Euros
(plus fret)

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Audie L. Murphy
Audie L. Murphy memorial Website











Histoire de la première armée française
de J. Lattre de Tassigny





 

 

 

 



Zaeringer
Photos prise à Bregenz. Le Zaeringer était un des bateaux transportant des passagers sur la Bodensee (remarquez la belle croix gammée)








      Copyright © Raymond Lescastreyres, Olivier Duhamel, 2001, 2010