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Andre Lamarre,
fusillé au Mont
Valérien en 1944
Lieutenant
Marcel Florc’h,
Officier de la légion
d’honneur
La lettre de ses enfants.
Lettre d’Aristide Québriac
Len a Voa,
Discours de Lesven.
Préface
de Lucie et Raymond Aubrac
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Lieutenant Marcel Florc’h,
Officier de la légion d’honneur
La lettre de ses enfants.
Papa nous a quitté ce 26 juillet 2002 à l’hôpital Laënnec de Quimper.
Nous savons bien que toute vie porte en elle sa propre fin, mais quand elle
est si exemplaire, nous souhaiterions fortement qu’elle dure plus longtemps.
De par ce qu’il a vécu, il aurait pu largement écrire un livre de sa vie
trépidante, bourrée d’embûches, mais il n’en est rien.Il s’est juste
contenté d’apprécier la vie après avoir frôlé à plusieurs reprises la mort
et nous a laissé derrière lui une belle leçon de courage et d'humilité.
Voici donc en résumé les grandes lignes de son parcours :
Une enfance quelque peu
difficile et perturbée pour commencer car il devient orphelin à l’âge de 8
ans. Cela ne l’empêche pas cependant d’être ambitieux et volontaire, il
intègre à 17 ans l’Ecole de Maistrance de Brest en vue d’une longue et belle
carrière dans la marine.
Mais la guerre éclate et en juin 1940, c’est la défaite, les allemands
envahissent le Nord de la France. La flotte française dont les navires
écoles quittent Brest pour l’Angleterre.
Papa est embarqué sur le Trémintin qui faisait partie du groupe école
Armorique. L’appel du Général de Gaulle l’interpelle, papa étant de ceux qui
n’acceptent pas la défaite, l’humiliation et l’asservissement. Déjà, le
voilà qui organise lors d’une escale en Angleterre, à Plymouth, un mouvement
pour le ralliement à la France libre. Son plan échoue et il est embarqué de
force pour Casablanca accusé de « manifestation contraire à la
discipline, tentative de rester en Angleterre malgré les ordres reçus »
et fait de la prison.
Après le Maroc, son bateau est basé à Toulon, en zone libre. Lors des
permissions, à Douarnenez (zone occupée), il adhère aux jeunesses
communistes et restera toute sa vie fidèle à l’engagement de ses 19 ans; il
prend contact avec la Résistance.
A partir de cet instant, il affrontera le danger, en permanence…exemple, en
ce début mars 1942 où il transporte des tracts au passage de la ligne de
démarcation de Langon (entre la zone occupée et la zone libre). Ces tracts
étaient cachés à l’intérieur de boites de conserves serties. Il est arrêté
par les Allemands, passe à la fouille puis à un interrogatoire avec un
commandant Allemand, ce jour là, papa n’a dû son salut qu’à un heureux
concours de circonstance.
Nous sommes le 27 nov.1942, 2 jours après ses 20 ans, papa, toujours dans la
marine, à bord du Dupleix assiste au sabordage de la flotte Française à
Toulon; quelle tristesse et désolation pour un marin et pour la France !
Puis il monte sur Paris au Ministère de la Marine, et est déterminé alors
plus que jamais à rejoindre un réseau de Résistance sur le Finistère. Après
une permission, il ne reprend pas son poste au Ministère de la Marine et
prend le Maquis.
Il commandera par la suite la Compagnie Kléber des F.T.P. (Francs Tireurs
Partisans).
Nous sommes en 1943 et les risques de se faire prendre par la milice ou la
Gestapo se font très nombreux.
Papa arrive à échapper à une rafle du STO et s’enfuit
par les toits de Paris. Il est alors assidûment recherché par la police et
doit changer d’identité; il se cache chez sa cousine Noëlle à Paris.
La Section ANACR de Douarnenez a rendu hommage cet été au Président
d’honneur qu’était notre papa :
«Marcel Florc’h était un grand résistant, un patriote dans la clandestinité,
il a su faire preuve de courage et d’initiative. Il a participé avec succès
à ce que l’on a appelé le « combat de l’ombre ». Entouré d’amis sûrs, il a
accompli des missions impossibles. Il a contribué, pour une grande part, à
faire de la compagnie Kléber, des F.T.P., dont il avait le commandement une
unité combattante structurée, hiérarchisée et disciplinée, bien loin de
l’image que certains se font de la Résistance».
Sa vie a cependant bel et bien failli se terminer le 26 Août 44 après le
combat de Lesven retracé en annexe 1.
C’est au retour de ce combat sanglant que notre papa se trouve gravement
blessé par l’US Air Force à Len a Voa. C’est une tragédie absurde.
Résultat de la terrible méprise: 6 morts et plusieurs blessés. Notre papa
gît dans le fossé, la gorge et la bouche ouvertes, l’œil glauque, immobile,
mort…ou presque. Il a perdu tout son sang (artère carotide sectionnée) et a
des éclats d’obus incrustés dans les jambes.
Il sera amené à la morgue où là, parmi les cadavres, la sœur infirmière se
penche sur lui et, brusquement, recule s’écrie : «Il respire ! J’en suis
sûre».
Plusieurs extraits de livres ou revues illustrent à ce propos ces
différentes étapes de sa vie.
Il a reçu trois extrêmes-onctions : la première à Len a Voa, deux l’hôpital
de Quimper où Jeannine et Renée, ses sœurs l’ont veillé toute la nuit (les
médecins et sœurs infirmières pensaient qu’il ne passerait pas la nuit).
Nous ne pouvons que constater que notre papa a bien été ce jour une fois de
plus miraculé.
Il sera soigné ensuite au Val de Grâce, courra les hôpitaux jusqu’au 31
janvier 1947.
Il fut décoré par le Général de Gaulle le 22 juillet 1945 à Douarnenez.
Il obtiendra les décorations « Officier de la légion d’honneur », « Médaillé
de la Résistance », « Croix des combattants volontaires de la Résistance »,
« Croix de guerre avec Palme » ; il ne les aura pas démérité…
Après tant de misères et de
périples, il ne pouvait par la suite qu’apprécier la vie…
De par ses problèmes de santé, il fut muté aux Affaires Maritimes d’Ajaccio
où il vécut selon lui ses vingt plus belles années.
Puis, pour la retraite, nos parents partageaient leur vie entre le Var et le
Finistère.
A nos yeux, comme à beaucoup d’autres, son nom restera associé à cette
période difficile et douloureuse que fut celle de la Résistance, nous
espérons pour toutes ces raisons que la ville de Douarnenez ne l’oubliera
pas, que son nom restera dans nos souvenirs.
Papa avec tout ce vécu avait su rester très simple et humble, ce qui est
rare de notre temps, il était doté d’une grande générosité et d'une
gentillesse exemplaire.
Il a laissé quelques « brouillons » de son existence
tourmentée, nous nous engageons à les retranscrire afin de perpétuer sa
mémoire ainsi que les valeurs humaines qu’il représentait.
Epris de justice, il restera toujours à nos yeux un papa exceptionnel.
C’était notre papa.
Son épouse Renée,
ses enfants Cléo, Jean-Jacques,
Thierry et Nathalie.
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Lettre d’Aristide Québriac (chef de la Résistance
du Finistère) à notre père le 18 juin en 1947.
Mon cher Marcel
C’est avec un extrême plaisir que je viens de lire à l’Officiel du 12 juin
ta nomination au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur. A cette
occasion, je suis heureux de t’adresser toutes mes chaleureuses
félicitations auxquelles je joins celles de ma femme et de ma fille.
Je n’oublierai jamais les relations amicales que nous avons eu ensemble au
cours de cette période héroïque où tu sut toujours garder ton courage
tranquille et inculquer à tes camarades toute ton ardeur combative.
Mais c’est surtout dans cette nuit du 26 Août 1944 que je garderai le plus
profond souvenir, vous saviez tous que vous alliez être engagés dans un
combat disproportionné mais vous êtes partis à minuit spontanément,
joyeusement. Hélas, de nombreux camarades y ont trouvé une mort glorieuse et
d’autres comme toi même y ont reçus de terribles blessures.
La haute distinction que viens de te décerner le gouvernement de la
République est la juste récompense des services que tu as rendu à la cause
de la liberté.
Toute la population Douarneniste et Finistèrienne en sera heureuse.
Au plaisir de te revoir, Mon Cher Marcel et crois toujours en l’assurance de
mes sentiments les meilleurs et très cordiaux .
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Len a Voa,
extrait de
« les clandestins de l’Iroise » de
René Pichavant
…car sur la même route allait se dérouler une tragédie absurde.
Dans les deux camions communaux, deux C6, l’un à plateau, doté d’un
gazogène, le deuxième, benne à ordures, roulant au peu d’essence qu’on lui
attribue, outre les éléments « kléber », se tiennent debout, comme les
autres, les blessés de « Bir-Hakeim » Audierne, Georges Zéphoris, Jean
Perhinin et Roger Kersual.
Quarante trois au total. Il fait beau et le cœur chante sous l’uniforme
taillé dans du drap bleu, garni du brassard à croix de Lorraine et un calot
de même couleur. Entre Beuzec et Poullan, la benne d’André Le Corre refuse
net d’avancer.
La panne sèche ! « L’équipage » doit se rabattre sur le plateau de Guillaume
Celton. On s’y entasse à la bonne franquette. Il déborde malgré tout.
Je suis sur le marche-pied et je me cramponne au montant droit. Jos Monfort
est juché sur l’aile, Jean Bigot coincé entre les deux «pots» du gazogène à
l’avant…
Le chauffeur charitable avait invité de surcroît une mère et sa fille qui
rentraient de Beuzec vers Tréboul, un lourd panier de provisions au bras.
Tout le monde en voiture !
A peine ont-ils redémarré que deux avions de chasse les survolent à moyenne
altitude. Ils affichent l’étoile de l’US Air-Force, deux Thunderbolt, ce qui
signifie «la foudre»…
Des Américains ! On leur adresse alors des signes d’amitié « Hello boys !
»
Et ils s’en vont…
Nous arrivons à Poullan.
Déposées un peu plus loin, à l’embranchement de Stang a Groas, les deux
passagères prennent le raccourci par la ferme de Lesconil, pour rejoindre à
pied leur domicile.
« Merci, au revoir et bonne chance !
Le camion parvient à Len a Voa, une mare entre « la lorientaise » et « Oscar
Dahl », les usines « fez fall » qui traitent les déchets de poissons et
dégagent une odeur désagréable par leurs hautes cheminées de brique rouge.
Nous abordons la ligne droite, à quatre kilomètres de Douarnenez et voilà
que les avions se repointent. Il n’y a plus aucune raison de s’en méfier.
D’ailleurs, un de ces appareils pique sur nous et remonte en chandelle.
Nous répondons au salut par des gestes de sympathie.
Le second se présente par le travers. On distingue le « yankee », dans sa
carlingue. Une fumée blanche jaillit des ailes…mais il tire le con !
Appuyé à la cabine, Georges Zéphoris saute au fossé. D’instinct, il enfonce
sa tête dans une buse. Un corps lui retombe dessus, je saurais plus tard
qu’il s’agissait de moi, j’ai été alors arraché à ma portière.
Guillaume, le conducteur se catapulte sous le chassis. Le mitraillage a fait
deux morts. L’un Hervé Kergoat, était encore à l’arrière du véhicule où des
caisses de grenade demeurent intactes…
Le moment de frayeur passé, les malheureux s’éparpillent dans la nature,
s’abritent comme ils peuvent, de part et d’autre d’un talus en feu, sous des
arbres, dans l’eau d’un lavoir, parmi les nénuphars et les grenouilles de
Len a Voa, Albert Barbé adossé au remblai qui borde le petit étang et
s’effrite sur lui, car les « zincs », après un rond dans le ciel,
recommencent leur ballet fou !
Du logis proche, cent mètres à peine, Raoul Gojon et Anna son épouse
aperçoivent deux hommes soutenant un blessé. Il sortent au-devant d’eux.
Le gérant d’« Oscar Dalh » a compris tout de suite. Il s’avance en dépit du
risque, une balle est si vite arrivée ! effectue de grands moulinets de
désespoir, bras écartés au milieu de la route, hurle dans le fracas avec
l’accent que, Charentais d’origine, il a récolté en Gironde, crie aux
pilotes d’arrêter ; de cesser le massacre ! Et déploie un drapeau
tricolore…Dans la prairie quelqu’un agite un gilet blanc.
Raoul Gojon, douze ans, même prénom que son père, revenant à bicyclette de
Tromillou, au sud de Poullan, le beurre de la semaine dans le sac, a vu les
acrobaties au-dessus de chez lui. Trois avions a t’il compté.
Il n’y a pas grand monde autour du camion criblé de balles quand il arrive.
L’auge de pierre près de la fontaine dans le pré en a reçu aussi. La maison
par contre est plaine de gens et de tumulte.
On va, on vient, on
s’interpelle, on enrage, on téléphone, on pleure.
Ses parents descendent des draps et des couvertures. Sur les matelas, dans
l’herbe derrière, des corps sont étendus.
Des cyclistes s’arrêtent maintenant. On vient du bourg, de Douarnenez en
voiture, en camionnette. Certains proposent leurs services. Le docteur
Philippe de Tréboul, des infirmières, parent au plus pressé. Voilà une
ambulance.
Sur la grosse moto pilotée par Pierrot Pencalet, agent de liaison FTP, Jean
Gourret, futur instituteur, devait annoncer le retour de ses camarades.
A l’inscription Maritime où il s’est rendu, les voltiges de l’aviation
alliés amusent, si près de la ville.
Il repart pour assister au carnage des Allemands, et découvre l’horrible
spectacle.
Marcel Florc’h gît dans le fossé, la gorge et la bouche ouvertes, l’œil
glauque, immobile, mort. André Trévidic semble tombé de l’arbre sur lequel
il aurait voulu grimper.
Pierrick Guénadou est allongé à l’angle d’un champ de blé… Il aide à les
porter, court à la ferme voisine de Kéraël, demande un tombereau à toutes
fins utiles…
Le drame accompli, Georges Zéphoris, l’Audiernais, a empoigné la bicyclette
d’un curieux. Un kilomètre plus loin, entre Kéraël et le grand virage de
Toull Drez, le trou des ronces, une moto est couchée sur la route.
Pierre le Meil, Pierrot, l’envoyé d’Aristide Québriac, revenait de sa
deuxième mission…
Le soir, à l’hôpital, on dénombre les victimes. Les moins touchés se
retrouvent au dortoir de l’école Saint-Blaise. Six corps, couverts de
poussière et de sang s’alignent à la morgue. Appliquée à leur toilette, la
sœur infirmière se penche sur l’un des cadavres et brusquement, recule,
s’écrie :« Il respire ! J’en suis sûre »
Elle a bien perçu le souffle, si faible… le docteur Minet le transfère
d’urgence à Quimper où le Docteur Pilven lui retire deux gros éclats
enfoncés dans la gorge, à même la carotide; un autre, plus petit, sous l’œil
qui ne lui sera plus d’aucun usage. Il a aussi le poumon perforé, la jambe
droite labourée…
( Il
s’agit de Marcel Florc’h – notre papa Quinze jours après il sera conduit à
l’EPS où les hommes lui
présenteront les armes. Un fantôme saluait et l’on
le ramènera aussitôt à
son lit de souffrance.
La semaine suivante, Marcel se rendra dans la
presqu’île de Crozon, pour humer l’air de la bataille.
Il sera soigné ensuite au Val de Grâce et courra les hôpitaux jusqu’au 31
janvier 1947.
Papa a reçu trois extrêmes-onctions : la première
dans le fossé de Len A Voa, deux à Quimper.)
Résultat de la sinistre méprise : quatorze blessés, dont trois grièvement et
six morts, le sixième quelques jours plus tard.
A distance on avait pu se réjouir des vrilles de ces moustiques du ciel en
pensant qu’ils s’acharnaient sur les Teutons, leur infligeaient une
mémorable volée.
Personne n’imaginait une erreur pareille……Elle demeurera longtemps un
mystère.
On dira avec une insistance perfide que les « Kléber » exhibaient des
casques allemands, mais dommage pour les esprits forts, ils portaient tous
des calots; que le camion n’avait pas de marques distinctives, obligatoires,
mais voici la pièce, inédite, capitale, qui tranche définitivement le
débat :
Strictement confidentiel :« En cas de survol d’un
convoi ou d’une voiture particulière par des appareils alliés, les
conducteurs de ces véhicules sont priés de montrer immédiatement sur le
devant de leur voiture un papier d’une forme rectangulaire de couleur jaune
ou orange. Si le secret est divulgué, des sanctions graves seront prise
contre les délinquants ».
A diffuser seulement aux conducteurs de voitures militaires des FFI.
« A Douarnenez le 27 août 1944. Le chef d’arrondissement des FFI, Québriac ».
Les avions avaient bien survolé le camion. Mais on ne put leur montrer le
rectangle de la couleur convenue et pour cause !
Ainsi donc la consigne de la plus haute importance pour être entourée d’un
tel luxe de précautions, menaces à l’appui, fut transmise le 27…C’est à dire
au lendemain du drame !
Le manque manifeste de lien, une incurie quelque part, aura cette fois
produit d’horribles effets.
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Discours
prononcé par Marcel FLORC’H le 26 Août 1998 au monument de Lesven.
Mesdames, Messieurs, mes chers camarades de la Résistance.
Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour évoquer les évènements que
nous avons vécus et qui ont marqué la bataille de Lesven.
Ce n’est certes pas sans émotion que nous nous retrouvons sur cette terre de
Beuzec où tant de nos camarades ont versé leurs sang. C’était il y a 54 ans.
25 Août 1944 : Douarnenez a été libéré depuis le 8 Août et les Allemands se
sont repliés dans la presqu’île de Crozon. La compagnie Kléber qui participe
au bouclage de la presqu’île, se trouve provisoirement au repos dans les
locaux de l’Ecole Supérieure de la ville.
Dans la soirée le Commandant Québriac, commandant de la place est avisé que
les Allemands qui se trouvent à Lézongar s’apprêtent à quitter Audierne.
Un premier message parvient à la Compagnie ainsi rédigé : « Mettre vos
hommes en état d’alerte prêt a se porter à un point donné ». Il
est 19H45.
Deux camions de la ville sont réquisitionnés; 2 sections sont mises en état
de partir, nous disposons de 4 fusils mitrailleurs.
Le deuxième message arrive peu après minuit, en voici la teneur: « Vous
partez immédiatement avec vos hommes armés aux environs de Beuzec Cap
Sizun. Engagez le combat aussitôt que vous
rencontrerez l’ennemi, le harceler et l’empêcher d’embarquer par tous les
moyens ».
Branle-bas de combat à la caserne; nous embarquons dans les camions et
traversons la ville en chantant. Nous arrivons à l’entrée du bourg de Beuzec.
C’est là dans la petite maison face à la Croix, dans un local du rez de
chaussée éclairé par des bougies que se trouve le Capitaine Bédéric qui
dirige les opérations. Il y a là Pierre Berrou de Tréboul, André Pellen qui
commande le groupe Marceau. Je me joins à eux.
Les positions de chacun sont données. Nous occuperons la pointe au-dessus de
la plage; le groupe Marceau et celui de Tréboul peu armés resteront en
retrait.
C’est Henri Lopez du Bourg qui nous conduit dans la nuit et nous partons en
colonne par un sur les bas-côté de la route. De l’autre côté de la baie, on
assiste à un magnifique feu d’artifice; les alliés bombardent Brest…
Au bout d’un moment, on quitte la route et nous voilà à travers champs dans
la nuit suivant le guide. Et voilà la mer : nous atteignons notre position
dominant la grève de Lesven. On entend les Allemands en bas qui parlent fort
et préparent l’embarquement. A quelques encablures au large on distingue un
gros bâtiment.
Malheureusement une section de la compagnie va se perdre dans l’obscurité et
se trouvera en position en retrait. Ce sera 2 fusils mitrailleurs en moins.
Il nous reste 2 fusils mitrailleurs à placer. L’un deux est tenu par René Le
Lons qui va s’installer sur la pointe extrême. Il est entouré par les gars
de Stancou.
Un homme dans la nuit a monté le versant et demandé à
me voir. Il s’agit d’Alain Cotonéa du groupe de Pont-Croix qui déclare se
trouver en bas avec un groupe de huit hommes très peu armés. C’est Manu
Prigent de Douarnenez qui descend à ses côtés avec son fusil-mitrailleur et
ses deux pourvoyeurs. Il trouve une position d’où il domine la grève, ainsi
que le chemin qui y accède.
Lorsque tous seront placés, il est convenu que je donnerai le signal pour
ouvrir le feu. En bas les Allemands continuent l’embarquement, sur la butte
où nous sommes chacun cherche sa position.
Mais voilà dans l’obscurité tout à coup apparaît un petit groupe inconnu des
nôtres. Il est conduit par un nommé Allaire de Tréboul et ne connaissant pas
les consignes, s’engage dans la lande et ouvre le feu aussitôt à la
mitraillette.
C’est la stupeur générale car c’est trop tôt. Le combat va commencer. Toutes
les armes tirent sur la grève. Le fusil mitrailleur de Le Lons tire sur la
canonnière au large. Il vise aussi une petite embarcation bourrée
d’Allemands qui doivent embarquer et qu’il serait parvenu à couler. Manu
Prigent aussi fait des dégâts avec son fusil mitrailleur.
Passé l’effet de surprise en bas les Allemands se reprennent. Ils prennent
position sur le versant opposé où ils installent les armes automatiques et
un mortier. La canonnière au large a aussi dévoilé ses batteries et nous
arrose copieusement. Ils utilisent les balles éclairantes et nous sommes à
découvert comme en plein jour.
Le combat va durer ainsi près de 2 heures. La situation devient intenable.
Il faut décrocher sous la mitraille et nous trouvons un peu en retrait un
petit talus qui nous protège des balles qui nous assaillent. Nous avons des
morts et des blessés
.Les tirs continuent toujours et au bout d’un moment nous voyons
l’embarcation arroser une dernière fois de ses armes automatiques l’endroit
où nous nous trouvons et faire demi-tour et s’éloigner.
Note mission consistait à interdire l’embarquement. La canonnière a
définitivement pris le large . Notre mission semble accomplie, les armes se
turent subitement.
Je demande des instructions à Bédéric qui me conseille de continuer à
harceler les Allemands jusqu’à l’arrivée des renforts.
Les combats vont reprendre de plus belle. Les Allemands restés à terre ont
remonté le versant où nous nous trouvons. Mais en bas le groupe Cotonéa et
le groupe de Douarnenez tiennent bon. Les combats vont durer toute la nuit.
Ce n’est qu’à l’aube qu’arrivent les premiers renforts. C’est d’abord une
unité de Briec commandée par le Capitaine Le Gars qui prend la direction des
opérations sur le terrain.
Les combats font rage. Les Allemands brûlent la ferme de Lesven. 4 jeunes
Tréboulistes vont encore trouver la mort dans des conditions atroces. Les
Allemands sont fous de rage. Dans l’après-midi tous les Résistants sont
regroupés et passent à l’attaque. Ils foncent sur les positions ennemies
sous la mitraille. Le Capitaine Dampierre arrive à point avec son
auto-mitrailleuse, un pneu est arraché mais elle s’avance quand même.
Au terme d’une rude et sanglante bataille, la reddition des Allemands se
fit, la victoire acquise aux combattants de la Résistance. La Résistance
déplore 18 tués et une vingtaine de blessés, les Allemands eurent une
trentaine de soldats tués et autant de blessés, ils se rendirent à l’assaut
du soir craignant un massacre.
Les Allemands en ont enfin assez. En fin d’après-midi, les premiers drapeaux
blancs apparaissent. A 19H30 tout est terminé. Le Commandant de l’unité
Allemande Holz se suicide. 238 Allemands sont fait prisonniers.
Le combat de Lesven que nous honorons demeure l’un des rares combats
victorieux acquis sans l’aide des Alliés.
Nos sections de Douarnenez engagées depuis la nuit rentrent à la caserne.
Mais c’est le drame qui les attend. Ils sont presque
arrivés au but lorsque, après avoir passé le bourg de Poullan, ils sont pris
à partie par l’aviation alliée. Nous avons six morts à déplorer et des
blessés.
Voici brièvement relatés les événements qui se sont déroulés il y a 54 ans.
54 ans ont passé, une page d’histoire est tournée…
Nos ennemis d’hier sont nos alliés d’aujourd’hui et notre pays connaît une
période de paix.
Espérons que l’on ne connaîtra plus les drames et les horreurs de la guerre.
N’oublions jamais cependant le sacrifice de nos camarades tombés pour la
Liberté.
Nous remercions toutes les personnes qui ont bien voulu assister à cette
cérémonie.
Retour
Preface de
Lucie et Raymond Aubrac au
livre de Nathalie Florc’h.
"A
mon père, FTP au pays de Douarnenez" Editions l'Harmattan,
collection "Graveurs de mémoire"
La
mémoire de la Résistance est vivante dans notre pays. Lorsque les vieux
survivants comme nous sont invités dans les écoles, les collèges et les
lycées, les jeunes qu’ils rencontrent dans toutes les régions de France,
se rapprochent d’eux en fin de séance pour leur dire comment le grand-père
ou le grand-oncle ou la grand-mère a participé à cette aventure.
C’est que les Résistants, s’ils n’étaient pas toujours très nombreux,
étaient partout, dans les villes et les campagnes, et toujours
volontaires. Le volontariat, la décision individuelle a laissé des traces
dans toutes les familles. Souvent, ce sont les enfants ou les
petits-enfants qui reconstituent son histoire, comme le fait aujourd’hui
Nathalie Florc’h pour son père.
Les questions que posent les jeunes ont changé. Il y a quelques années,
les vieux témoins étaient invités à conter des faits d’armes : des
sabotages, des combats, des évasions et parfois des arrestations. On leur
demande aujourd’hui d’expliquer les motivations. Pourquoi êtes-vous entré
dans la Résistance ? Et quand c’est devenu très dangereux, pourquoi
êtes-vous resté ? Comme si les jeunes avaient besoin de comprendre quelles
valeurs sous-tendaient le combat. Comme si ils avaient besoin de
s’approprier ce qui les aidera à affronter un avenir incertain.
C’est la réponse à ce questionnement fondamental que nous apporte le beau
livre de Nathalie.
Voici un livre à plusieurs voix. Quelques notes
écrites par son père soulignent des épisodes, mais sans la continuité du
récit. Pour le compléter, la narratrice s’est mise en quête des témoins
survivants, ou de leur famille, et elle a noté leurs propos. Elle a
complété l’histoire par des notes synthétiques éclairant le contexte. Les
récits sont accompagnés de nombreuses photos de personnages et de
documents.
Marcel Florc’h, son père, est né en 1922 dans un milieu de modestes
artisans, à Douarnenez. Le grand-père était boulanger. L’enfant, orphelin
très jeune, fut élevé par une grand-mère. Quelques-uns de ses camarades
d’école deviendront des amis pour la vie, ce qui souligne la fidélité du
jeune breton. Tôt engagé dans la Marine nationale, il était en juin 1940
élève à l’Ecole de Maistrance de Brest et le désastre de nos armées le
conduisit en Angleterre.
Après l’appel du Général de Gaulle, des jeunes marins auraient voulu
rejoindre les Forces Navales Françaises Libres naissantes, mais la
hiérarchie s’y opposa. Ce fût le transport vers le Maroc et, après
quelques semaines, le rapatriement militaire.
Dans l’année 1941, les premiers gestes de résistance, recueillis par la
fidèle Nathalie à travers les récits de Marcel et de ses camarades,
n’étaient pas encore structurés, mais déjà on informait la population, on
sabotait l’ennemi et on renseignait les alliés.
En 1942, avec René Le Gouill, Joseph Monfort et les autres vint le début
de la Résistance organisée pour Marcel, autour du parti communiste :
Organisation Spéciale, FTP, avec des cheminots et des douaniers. Ce furent
aussi les premières arrestations importantes, et quelques évasions.
Le 27 novembre 1942, nous assistons au récit en direct du sabordage de la
Flotte à Toulon. Les photos nous font revivre le drame et la fureur de ces
marins privés des combats qu’ils voulaient.
En 1943, Marcel quitta Toulon puis Paris et, par un congé puis sa
démobilisation, vint se baser à Douarnenez. Cette année-là fut celle de
l’organisation de la Résistance, en Bretagne comme dans le reste de la
France et la narratrice, accompagnant son père, raconte les attaques, les
évasions et la merveilleuse solidarité des combattants. Marcel y
consacrait le meilleur de son temps et, pour les FTP, il voyageait
beaucoup dans la région et hors de la région.
En 1944, la Résistance était structurée et la répression devint féroce,
multipliée par la Police française, la Gestapo et leurs partenaires de la
Milice et de Breiz Atao, le parti national breton.
Marcel prit le commandement de la Compagnie Kléber et nous faisons la
connaissance des jeunes filles et des jeunes femmes, agents de liaison et
de solidarité.
L’auteur nous conte les combats et les calvaires de Jean Moreau, d’Etienne
Kernours, de Corentin Celton, et l’épopée des bateaux de pêcheurs : le
Moïse, le Lapérouse et le Jouet des Flots, dont le naufrage scella le
destin de Pierre Brossolette.
Les FFI avec les FTP et les autres organisations constituaient cette union
qui fit la force de la Résistance. Avec l’auteur, nous vivons les durs
combats de Douarnenez et de Lesven, où les patriotes firent 238
prisonniers, et enfin cette terrible « bavure », le bombardement par les
Américains d’un groupe de FFI dans lequel Marcel Florc’h fut grièvement
blessé.
Ce fût seulement le 20 septembre qu’eut lieu l’ultime reddition allemande,
dans le Finistère, à Audierne.
Marcel Florc’h reçut sa croix de la Légion d’Honneur des mains du Général
de Gaulle en juillet 1945
Voilà un ouvrage où les Bretons retrouveront le visage de leur terre,
l’inspiration et le courage de leurs pères et grands-pères.
« Et maintenant, jeunes gens, qui dans ce monde
troublé avez du mal à trouver un sens à votre vie, sachez que la
Résistance ce fut l’amitié, la fraternité, la solidarité vraie, le refus
de l’égoïsme, du « chacun pour soi », la soif de liberté, la volonté de
construire un « monde enfin lavé, où le blé pousserait sans que coulent
les larmes »…
(Extrait de l’allocution du Lieutenant-colonel Chevalier lors de
l’inauguration du monument de Sainte-Marie du Ménez-Hom « A la gloire de
la Résistance finistérienne »).
Lucie et Raymond Aubrac.
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Juillet 1945, decoration par le general de Gaulle |
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D’autres résistants sont décorés à leur tour,
On reconnait de gauche à droite, l’abbé Cariou, le capitaine Pierre Berrou,
l’infirmière Marie Seznec, le capitaine Charlot Helias, le lieutenant Marcel
Florc’h
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le bruit
des charrettes vous guidera.. |
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“le bruit des
charrettes vous guidera..” cette phrase sibylline n’est pas un message
personnel de la BBC mais bien une indication en clair d’un ordre de mission
militaire pour engager les combats de Lesven. |
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Clandestins de l'iroise tome I
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La
compagnie Kleber |
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Août 1944 Dans la cour du collège moderne,
qui est devenu le casernement de la compagnie « Kleber », cinq F.T.P posent
devant une Simca 5 sommairement militarisée. De gauche à droite, Charlotte
Pencalet, Guillaume Celton, Anna Pencalet, Marcelle Vigouroux, le lieutenant
Marcel Florc’h, commandant de la compagnie. Il sera gravement blessé le 26
Aiout, à Len a Voa, au retour du combat de Lesven.
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Le
monument
du Ménez-hom dans le
Finistère |
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